© Charles Imbert S.G.D.L N° U5323
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reposée
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je vous conseille de faire un save et de lire hors connexion.
Normalement, je finirai l'installation de ce roman dans
le mois de novembre 98.
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apprécié, si, si.
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CHAPITRE UN.
Les cabots les plus grands se voudraient point de mire.
Paraître n'est pas assez, laisser les autres penser
Est trop peu de travail ; il faut qu'on les admire,
Ils sont prêt à tout pour leur image imprimer.
En descendant du car, les plus vaillants s'élancèrent
à l'assaut du raidillon menant à la station des télécabines.
Cette pente constituait une petite promenade charmante, bordée par
un talus couronné de broussailles et le mur des cuisines d'un marchand
de gaufres. Malgré tout, ce chemin se révéla plutôt
dur à gravir. En haut de celui-ci, par l'effet des différences
de vigueur individuelle, la douzaine d'excursionnistes arriva en ordre dispersé.
De plus, il fallut escalader trois grandes volées de marches
et passer au guichet pour pouvoir prendre les billets : la plus sérieuse
désorganisation sévissait donc parmi les promeneurs, une fois
parvenus sur le quai des télécabines. Il eut même été
utile de procéder à un comptage, mais hélas cela n'eut
servi à rien, personne n'ayant procédé à un
recensement préalable, ni dans le car, ni même à la
sortie de l'hôtel. Monsieur Vidouze, Accompagnateur Responsable
du groupe, n'eut donc rien à compter. Personne ne savait plus qui
était avec qui, ou quoi, certains ne savaient même plus où
ils étaient, ce qui explique l'expression de surprise qui restait
discernable dans la voix qui déclara :
- Mais c'est le chien des Andersen !
Eh oui, c'était le chien des Andersen, une espèce de berger
Collier à poil long et à l'expression sempiternellement navrée,
qui se tenait avec eux sur le quai. Ceux qui ne peuvent bien se représenter
la bête pourraient se référer à leur souvenir
de "Lassie chien fidèle" pour se figurer cette sorte de
chien là. De plus, les Andersen le nourrissaient trop, et avec l'été
le poil du chien prenait par endroit des allures étranges, dues à
un eczéma récurant, prurigineux et donc dépilatoire
par l'action des pattes arrières. Ce n'était pas le plus grave,
car vous pouviez ajouter par là dessus, au total, un air cornichon,
répandu sur ce qui tenait lieu de physionomie à cet animal.
- Que fait-il ici, ce chien ? reprit la voix anonyme dans un sursaut de
perspicacité inquiète.
La question pouvait se poser. Soit les Andersen faisaient la ballade
de montagne avec le groupe, mais ils n'étaient pas là, et
ils les avaient tous, soit précédés, soit semés,
ou encore ils ne faisaient pas du tout la balade, et le chien accompagnait
l'excursion de son propre gré. Ce qui n'était pas une hypothèse
délirante, après tout, au vu de certaines gâteries dont
il était parfois entouré par des tontons et tatas d'adoption.
D'ailleurs, la sollicitude autour du chien-chien esseulé rapprocha
immédiatement "le vieux pipeur", "mamie yaourt"
et "le rouquin" autour de ce cas épineux.
Il faut préciser que les gâteries à l'endroit du
chien des Andersen procédaient très souvent des mêmes
dites personnes ; le vieux pipeur, une espèce de caricature de montagnard
exercé, en short, grosses chaussettes et pipe puante ; mamie yaourt,
une crème de bonne volonté, une dame très distinguée,
n'ayant pour seule tare que d'un tant soit peu ressembler à la mamy
emblème... des pots de yaourts ; et le rouquin, dit rouquin parce
qu'énorme, colosse, de poil rouge et transpirant constamment sous
son tee-shirt à mention publicitaire pour un produit... trop connu.
L'inquiétude qui eût pu naître quant aux suites à
donner à la présence du chien des Andersen fut comblée
par l'adoption immédiate du dit chien par ses trois fans. Le vieux
pipeur exhiba un gâteau génois fourré à la fraise
hors de son sac à dos et l'offrit au toutou. Celui-ci mâcha
le gâteau mais ne l'absorba pas. Il le recracha sur le quai et reprit
un air innocent, doucement abruti et béat, le fond de son expression
habituelle de petit cucurbitacé en marinade.
- La pauvre bête est angoissée, gémit le rouquin. C'est
peut être la première fois qu'elle prend des oeufs.
Jusque là, il n'était pas encore établi, ni même
apparu, que le chien prendrait les télécabines -les oeufs-
avec le groupe. Mais évidemment, après cette réflexion,
il devint patent que le chien allait effectuer la ballade. Et d'ailleurs,
qui aurait voulut se priver de sortie pour raccompagner cette nouille de
chien à l'hôtel ?
Il restait cependant un petit point de détail à considérer,
pas si grotesque que cela... Oui ou non, le chien avait-il déjà
pris le téléphérique ?
Personne n'eut le temps d'en débattre, ni de formuler des mises
en garde au trio : Les télécabines arrivaient.
Et pourtant, il aurait fallu y réfléchir, et vite. Il
est vrai qu'en considérant à froid la physionomie amorphe
du chien des Andersen... oh non... On pouvait se demander si l'aile d'un
quelconque sursaut dynamique... non pas... Si la terreur risquait un jour
de pouvoir l'effleurer... pensez-vous... Cette momentanée apathie
profonde pouvait rassurer. Et d'ailleurs fortement induire en erreur sur
le tonus potentiel de l'animal.
Ces télécabines allaient par groupe de cinq, chaque cabine
d'environ un bon mètre carré étant close dans sa partie
supérieure de parois transparentes en polycarbonate, dit aussi "plexiglas",
pour laisser le champ libre à la vision des monts plantés
de sapins, et au vertige des précipices sis en contrebas d'iceux.
Habité par un réflexe, ou peut être une sorte de
prudence élémentaire, le groupe se scinda en deux parenthèses,
isolant par là les trois adopteurs et leur proie. A cette victime
serait donc infligé le voyage en oeuf. Les deux premières
et les deux dernières cabines se trouvèrent ainsi bondées,
laissant celle du milieu à l'occupation exclusive du chien des Andersen
et de ses accompagnateurs.
Le personnel des télécabines aurait pu trouver à
redire à cet arrangement : Il convient que la cabine centrale soit
toujours peu ou prou la plus chargée, ainsi que voulaient l'indiquer
plusieurs pancartes pour l'avis public. Mais ledit personnel, moustachu,
âgé et braillard, était très occupé, sur
le quai, à pousser des récriminations véhémentes
à l'adresse de moutards inexistants, au motif qu'il subsistait, là,
par terre sur le quai, les restes d'un gâteau génois fourré
d'une pâte rose à la fraise, baignant dans une flaque de salive
ou quelque autre liquide digestif potentiellement corrosif et septiquement
suspect.
Pour expliquer ces cris, dans la cabine de tête un excursionnisme
proposa une théorie : En fait, toutes ces montagnes sont situées
près de la Suisse, pays renommé pour être le haut lieu
d'une tradition opiniâtre de propreté totale. Sans doute par
mimétisme ou phénomène de mode, il en résulte
pour les hospitaliers montagnards qui affrètent des télécabines
dans la proximité de cette Confédération, un souci
superfétatoire de la propreté, obnubilation qui n'atteindrait
par exemple aucun usager normal du métro parisien. Ou alors, ces
voisins des Helvétiques ont l'angoisse du manque de nourriture, et
la peur de manquer de gâteaux génois à la fraise, au
cours des longs mois d'hiver où, coupés du monde par les frimas,
ils se demandent si les réserves de fromage pour fondue et raclette,
base de leur alimentation saine et frugale, dureront jusqu'au printemps.
Dans un groupe de touristes, on compte toujours au moins un théoricien
(axiome de base).
Après avoir exprimé sa vindicte, et poussé les
restes du gâteau génois à la fraise sur une pelle à
déchets, le personnel en question, le vieil indigène perclus
et sadiquement enchaîné au service des télécabines,
daigna remettre celles-ci en état de faire leur ascension, en avertissant
sans doute la station du haut par interphone : ces bon sang de touristes
étaient tous empaquetés .
Les télécabines se mirent en mouvement et plongèrent
dans le bref vide qui suit la télé-gare, avancée et
petite chute qui traduisent la propulsion et le mou conférés
à la libre suspension au câble multi-kilométrique assurant
la progression des appareils.
Tout de suite, il sembla aux excursionnistes qu'une trépidation
inquiétante, parasite et suspecte, agitait leur train de véhicules.
Cette vibration semblait d'origine non mécanique, et par ailleurs,
pour l'ensemble des sens mis en éveil, les ufs semblaient fonctionner
à merveille.
Un bref examen à travers les fenêtres leur révéla
que le compartiment central était à l'origine des perturbations.
Ils menaient un bal terrible, là-dedans, et leur cabine était
agitée de mouvements pendulaires, horizontaux, latéraux et
verticaux, d'une assez grande latitude, traduisant l'ampleur de l'agitation
interne qui y régnait.
Ils avaient du emmener discrètement quelque appareil pour distiller
de la musique techno, ou peut-être se livraient-ils à des exercices
d'échauffement, ou même la mémé pratiquait-elle
une forme d'aérobic ou de yoga sexuel, à moins que le pipeur
ne se soit bourré d'ecstasy ?
C'était à la vérité un curieux spectacle,
ressemblant plutôt à celui du kaléidoscope, ou aux hublots
visibles dans les laveries automatiques. Un maelstrom de couleur, formé
de parties de coupe-vents, écharpes ou autres articles vestimentaires,
tournoyait dans cette cabine. Des masses plus opaques se pressaient tantôt
contre les parois vitrées, projetées par quelque effet musculaire
dont le principe gymnique n'apparaissait aucunement.
On ne distinguait précisément aucun occupant, ou plutôt
on percevait qu'ils étaient tous très occupés à
une activité bondissante. Périodiquement, par à coups
très brefs, un membre humain apparaissait par l'une des deux petites
fenêtres ménagées pour l'aération. Pendant un
moment de relatif répit, les observateurs virent même la tête
du chien des Andersen s'encadrer dans cette ouverture : le chien semblait
vouloir prendre l'air, mais probablement pas de son propre chef, puisqu'il
s'employa à rentrer dans la cabine avec une vigueur soudaine et démonstrative.
De toutes façons, les spectateurs devinaient intuitivement qu'il
n'avait pu concevoir tout seul l'idée de s'essayer aux disciplines
du vol descensionnel free, sans parapente.
D'ailleurs, le maelstrom recommença aussitôt à tourner
de plus belle, comme une illustration du mouvement brownien, si fortement
suggéré par une analogie à la physique des corpuscules.
Les spectateurs devinaient maintenant qu'il devait y avoir quelqu'un de
malade dans cette cabine, en lieu et place du précédemment
suspecté stretching ou body-building, car ils percevaient de grand
cris et des aboiements rageurs, qui leur parvenaient à travers l'air
des altitudes.
Somme toute, ce chien avait l'air d'être un sacré fauteur
de trouble, et de commettre un barouf terrible.
- Le chien est malade, commenta une voix dans la quatrième cabine.
- Oui, il a une gastrite chronique, commenta une autre voix.
- Comment savez-vous ça ?
- Parce qu'il a une haleine épouvantable. J'en ai parlé aux
Andersen, ils sont obligés de dormir la fenêtre ouverte ou
de l'enfermer dans la salle de bains.
- Il faudrait qu'il lui mettent un peu d'eau de javel dans son eau de gamelle,
proposa une dame. Le chlore, ça désodorise bien.
- Combien d'eau de Javel proposez-vous ?
- Pas plus d'un demi-litre. Il y a des effets secondaires.
- Des effets secondaires ?
- Oui, ça décolore.
Un quatrième passager crut pouvoir donner un avis :
- J'ai connu un fox terrier qui sentait terriblement, comme ça, mais
lui, c'était des gencives, évoqua t-il ; je crois que les
Andersen lui donnent une nourriture trop riche.
- Vous croyez que c'est suffisamment aéré, une petite cabine
comme ça, avec un chien malade ?
Par le ton de ces échanges, on peut constater qu'il n'y avait
plus beaucoup de supporters du chien dans cette autre cabine. Aussi bien
les adorateurs étaient tous enfermés dans la cabine du centre
en compagnie de l'objet de leur vénération.
Finalement, le train de télécabines entra dans la gare
du haut, et un autre aborigène moustachu, perclus et préposé
vint leur ouvrir les portes. Habités par la curiosité la plus
évidente et morbide, les excursionnistes le regardèrent déverrouiller
la porte de la troisième cabine. Rien n'en sortit immédiatement.
Epuisés par le combat, les passagers de cet oeuf l'étaient.
Fort heureusement, ils s'étaient couverts de pulls épais et
autres vêtements anti-froid avant de de partir excursionner, où
auraient eu à arborer des plaies diverses, car leurs effets étaient
abominablement lacérés. Le revêtement intérieur
de la cabine, une sorte de peinture appliquée sur le gel-coat des
parois constituées de fibres de verre, était entièrement
rayé comme après le passage d'un poltergeist graveur. Mamie
yaourt leur montrait son panty au travers de sa robe fendue, le rouquin
avait l'air totalement hagard et dépeigné. Seul le vieux pipeur
arborait un sourire légèrement soulagé, ou même
vainqueur. Dans la bataille, il avait été déchaussé,
mais - du moins c'est ce qu'il conta - s'était finalement servi de
ses deux lourdes godasses de marche comme d'un nunchaku amélioré
pour arriver à anesthésier le fauve en position prostrée.
Quant à celui-ci, sentant bien que le vol avait pris fin, il
sommeillait maintenant de son air béat, calme et idiot, la mâchoire
posée sur les deux pattes antérieures, bien au repos sur le
sol de la cabine. Un adorable toutou. On vérifiait là, tout
de suite, que le chien des Andersen préférait de loin l'immobilisme
des gares au souci du transport entre celles-ci.
Guidés par Monsieur Vidouze, qui tenait la carte expliquant comment
on pouvait descendre, ils se mirent en route pour la balade. Ce fut après
avoir courageusement assuré et soutenu au montagnard de service à
la station du haut que la cabine du centre était dans cet état
là quand ils l'avaient trouvée. Le vieux moustachu ne râla
pas trop, seul contre une douzaine de témoins solidaires et armés
d'alpenstocks. Il est également probable que la gare était
titulaire d'une bonne assurance pour payer les dégâts : n'oublions
pas que de temps à autre, des cabines se détachent toutes
seules -ou par l'effet d'un avion américain- pour tomber dans un
ravin abrupt, et ce coup là, c'est une perte sèche, puisqu'il
faut les remplacer.
Ce chien n'avait pas fini de faire suer ses protecteurs. Il suffit de
rapporter qu'il sauta ensuite partout et tenta d'égorger une chèvre
domestique. Le théoricien du groupe assura que celle-ci était
posée avec son troupeau près du restaurant d'altitude "juste
pour faire joli" et légitimer la vente du fromage de chèvre
labellisé dans les fermes de la vallée. Car il se devait de
signaler que tout troupeau rencontré à deux mille mètres
d'altitude est entièrement factice et déposé là
par le syndicat d'initiative pour faire beau-c'est-tout : En effet, la pratique
du fromage de chèvre passé mille mètres serait non
rentable, car le fromage une fois redescendu dans la vallée y est
écrabouillé par la pression atmosphérique supérieure
qui y règne. Les véritables fromages de chèvres de
la montagne sont fabriqués en Chine avec du soja, tout le monde devrait
le savoir.
Au cours de la promenade en descente, le chien fut fatigué et
menaça de faire une syncope, aussi le vieux pipeur et le rouquin
se relayèrent pour le porter, et y attrapèrent une espèce
d'odeur tenace qui les poursuivit pendant deux jours, malgré de multiples
douches et lotions d'eau de cologne prises à l'hôtel.
Enfin, ce canidé révéla un appétit tardif
pour les gâteaux génois parfumés au coulis chimique
de fraise, et dévora toute la réserve du vieux pipeur. Ce
qui obligea celui-ci à partager les sandwiches au fromage de chèvre
de mamy yaourt, un mauvais échange, donc, puisque le vieux pipeur
fut ce soir là, en plus, malade comme un chien (c'est le cas de l'avancer).
Le clou final leur fut offert au terme de l'excursion, lorsque parvenant
près de la Station, la troupe longea le terrain de golf. Repris par
une soudaine exaltation, le chien des Andersen dégringola des épaules
du rouquin et se précipita à travers la mince - à cet
endroit- clôture du golf. Les marcheurs le virent pourchasser une
balle qui ne lui avait rien fait, et gober celle-ci tout de go. Toujours
très excité, il se jeta encore sur deux autres balles qui
n'avaient commis comme faute que d'avoir fini de rouler et d'être
à portée de la gueule du goulu. Puis, devant le mécontentement
lointain mais démonstratif et gesticulatoire de certains sportifs,
qu'il dut percevoir comme des déguisés négligeables,
et de trois porteurs de clubs, qu'il dût interpréter comme
des porteurs de matraques pour chiens gloutons, la vedette replongea à
travers la clôture. Elle fit retraite dans les rangs resserrés
et inquiets des promeneurs qui n'attendirent pas l'averse de reproches,
ou la manifestation des remorqueurs de clubs, et avancèrent tout
de suite courageusement vers le tournant du sentier.
La discussion redevint intéressante et nourrie, portant sur les
chances d'occlusion intestinale du cabot par blocage du pylore. Le théoricien,
tenant de l'étroitesse du duodénum, affirma que les balles
pouvaient rester dans l'estomac du Andersen's dog pendant une assez longue
période, où elles finiraient, ou ne finiraient pas, pas être
digérées par l'effet constant des acides. Un chimiste lui
affirma que la composition des balles de golf leur interdisait semblable
dégradation, et que le chien mourrait un jour de sa belle mort, sans
avoir rendu ses proies, ni les avoir dégradées ou gâtées,
et qu'à l'autopsie les héritiers du chien auraient les balles
pour leur entière propriété, et pour jouer avec, si
le désir en venait aux Andersen ou à leurs rejetons.
Questionné sur une possible incidence de la balle de golf sur
la gastrite dont souffrait notoirement le glouton, ce vétérinaire
impromptu déclara que oui, à son avis, les balles pouvaient
avoir une influence favorable sur la dispepsie canine.
Le chien voulut bien mettre tout le monde d'accord. Arrivé enfin
à l'hôtel, il se posa devant la réception et régurgita
sur la moquette les trois balles, intactes, et nappées d'un coulis
de gâteaux génois fourrés à la fraise.
Ses adopteurs, fatigués d'avoir veillé au bien-être
du chien, furent d'avis que, dès qu'ils étaient dans l'enceinte
de l'hôtel, il revenait aux Andersen, maîtres légitimes,
de s'occuper de ce genre de contingences.
En conséquence, ils abandonnèrent le chien et la flaque
et se séparèrent, l'un pour aller se coucher avant de vomir,
l'autre pour prendre la première d'une longue série de douche,
et la troisième pour aller se taper un triple Gin tonic réparateur
dans l'un des salons.
Monsieur Vidouze poussa un grand soupir de soulagement et monta dans
sa chambre. Il était soulagé de savoir que ce jour était
le dernier avec ce groupe là, et qu'ils allaient tous rentrer à
Paris. Monsieur Vidouze ne pouvait savoir qu'un soupir de soulagement était
ridicule, car le groupe qu'il devrait encadrer ensuite serait l'occasion
de réels soupir. Mais il ne pouvait anticiper, selon une formule
chère à Jules Verne.
Le chien alla à la piscine, où un maître nageur
luttait d'obstination avec lui depuis une semaine pour, armé d'une
épuisette à long manche, l'empêcher de se baigner. Ce
qui aurait sans doute trop copieusement sali le bassin dont il avait la
garde. L'infusion des chiens, comme des sachets de thé, doit être
en effet réservée à des récipients appropriés,
capables de retenir le jus souvent très coloré qui résulte
de cette imprégnation.
Pour clore cet épisode, il faut signaler que le garçon
d'étage, chargé de nettoyer les restes finaux des gâteaux
génois fourrés à la fraise, y gagna trois balles de
golf, dont il dut se débarasser avec profit auprès d'un golfeur.
La journée n'était donc pas perdue pour tout le monde.
Les Andersen ne furent pas directement mis au courant du comportement
outrageant de leur chien, ou s'ils le furent, ils en avalèrent la
honte, prestement bue et éliminée, car le dîner les
vit apparaître sereins et le front pur.