© Charles Imbert S.G.D.L N° U5323
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reposée
tandis que défile le compteur téléphonique,
je vous conseille de faire un save et de lire hors connexion.
Normalement, je finirai l'installation de ce roman dans
le mois de novembre 98.
Merci de patienter et/ou de me prodiguer vos encouragements, un carburant
apprécié, si, si.
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CHAPITRE SEIZE.
Sans plaie d'hoirie la police ne vint hériter
D'explications au Paritel festivalier
Qui offrait un dîner de gauffres aux crevettes beurrées.
Le Hortec mit sa chambre en dépôt de fumier.
Désorienté, Vidouze se traîna vers le bar et il
commanda le grand plateau de dégustation des douze whiskies. Lorsqu'on
déprime, il faut savoir flamber pour se refaire un moral.
Le Hortec vint même lui demander son avis sur sa dégustation.
Il n'avait jamais regardé Vidouze comme un gourmet et l'idée
de la voir en face d'une dégustation avait vraiment le chic pour
l'étonner.
- Ils sont comment, ces whiskies ? demanda t'il, aimable.
- Ils ont tous le même goût, Banane, répondit Vidouze.
Une fois que t'as la tôle de la gueule froissée par une des
ces chiffonnades, dis-moi le moyen de trouver quelque chose à un
autre ? Ah c'est vrai, toi t'as le palais en cuir...
Le Hortec s'écarta alors en ouvrant des yeux comme des soucoupes.
Vidouze l'avait étonné. Il proposa à l'assistance une
virée au Dolmen Celtique, mais personne ne voulut l'accompagner.
Il était question que l'hôtel serve le soir une collection
de beignets, crêpes et gaufres fourrées aux confitures rares,
et aucun de ces grands enfants ne voulait manquer cette distribution.
Comme précédemment, Vidouze n'insista pas pour que Le
Hortec soit accompagné dans sa sortie. Il semblait maintenant évident
que, si Le Hortec se perdait corps et biens, ce serait en somme une économie
et un bienfait pour Symphorep.
Au Paritel, le buffet de crêpes fut animé par trois serveuses
en costume folklorique. Deschinon introduisit à voix haute des supputations
audacieuses et gratuites sur l'origine possible de ces costumes traditionnels
; il débuta par des considérations générales
sur la poissonnerie et dériva en moins d'une minute sur le chapitre
de ces hôtesses qu'on trouvait, au moyen âge et ultérieurement,
en des lieux au bord de l'eau. Averti de ces vexations, le directeur du
Paritel fonça vers lui, directement, sans passer par Vidouze, et
Deschinon fit aussitôt retraite. L''incident du canon était
certainement encore trop frais pour laisser passer la plus petite once de
culot.
Les confitures rares n'étaient pas trop rares, mais la direction
avait fait un effort en mettant à bouillir des confitures fraîches,
élaborées avec les fruits du marché ; hors la confiture
de citrouille, un met tout à fait répandu, et une confiture
kiwis-fraises, de couleur étrange, l'assortiment disponible demeurait
tout à fait ordinaire. Calbat réclama du miel de pays, et
trouva son bonheur avec du sirop d'érable : le consommateur du vingt-et-unième
siècle sera t'il un grand enfant capricieux, ignare et baffreur ?
Seul l'avenir le dira, mais quelquefois il semble bien qu'un fâcheux
pli soit déjà pris.
Les grands buveurs n'eurent que du cidre pour calmer leur soif. Le chauffeur,
en veine de crétinisme, et profitant surtout de l'absence de Le Hortec,
clama hautement que cette boisson n'était capable que de déranger
les intestins, et assura qu'un déménageur qui buvait un verre
de cidre devenait inapte pour une journée entière, s'il avait
seulement encore des forces pour serrer les fesses. Vidouze le prit à
part pour lui demander de ne pas se prendre pour un fort des halles et d'envisager
sa nuit avec sérénité.
Vidouze est certainement normand quelque part. Il est donc normal qu'il
prenne la défense du cidre.
Ce dîner eut un grand succès, et fit beaucoup pour le succès
postérieur de cette halte dans les souvenirs, le festival n'ayant
suscité jusque là que des sarcasmes dans le groupe. Seul à
finalement ne pas apprécier l'étape, Vidouze tournait le dos
à la porte du restaurant et au directeur qui passait de temps à
autre dans le couloir, dardant un regard furibond sur les suspects et continuant
de recevoir des rapports sur le problème de l'explosion non-identifiée.
L'incident commençait à prendre de grandes proportions, le
personnel parlant de terrorisme, et les voisins commençant à
pointer le nez, se plaignant de carreaux brisés et de bouts d'obus
à travers leurs toits.
Vers vingt-deux heures, il était question que des spécialistes
de la police viennent faire une enquête et recueillir des témoignages.
Heureusement, les "officiels" avaient trop à faire avec
le festival pour anticiper cet épisode. Mais aucun terroriste suspect
évident ne pouvant être nommément désigné,
le doute planait, occilant toujours entre l'obus caché et la bouteille
de gaz mal fermé déposée par un cuisinier. Surprenant
l'émission de ces hypothèses, Vidouze parla au chauffeur des
réserves étendues qu'il allait porter sur une tentative d'escroquerie,
puisque on avait essayé de lui extorquer des signatures sans qu'il
sache à quels dangers avait échappé le groupe duquel
il avait la garde. La meilleure défense est l'attaque, et Vidouze
se promena de long en large devant le directeur, sourcils froncés.
Il fut une fois de plus tellement convainquant dans son invocation de la
défense légaliste, et quasi menaçant dans le recours
aux procédures que la direction sembla abandonner enfin toute suspicion.
Le Hortec rentra tard, passablement éméché comme
à son habitude. Il avait déjà presque tout oublié
de l'aventure de la bombe à roulette. Il fut clair que l'Avignonnais
avait aussi abandonné toute retenue et toute discrétion. Comme
d'habitude encore, il se prit de bec avec le veilleur de nuit, proféra
des menaces de meurtre contre la race des gardiens et voulut avoir accès
à des prestations impossibles, vu l'heure à laquelle elles
étaient formulées.
Le Hortec une fois dans sa chambre, le barouf ne fut pas terminé
pour autant. Dès qu'il fut déshabillé, il alla, tout
nu, frapper à la porte de plusieurs chambres en annonçant
qu'il allait mourir. Au bout du couloir, il eut envie de vomir. Heureusement,
il y avait là un vase plein de fleurs séchées ; il
poussa les fleurs de côté et réussit à ne pas
en mettre partout.
En fait, cette nuit là, il fut sérieusement malade.
Une fois revenu dans sa chambre, il s'assit sur le bord de son lit et
envoya un jet de vomi dans la lampe de chevet. La porte s'ouvrit sur deux
sauveteurs, Calbat et Biscoudé, qui essayèrent de l'étendre
sur son lit.
- Ne me secouez pas, bande de veaux ! Oh ! Les Vendéens ont eu ma
peau, je sentais bien qu'ils étaient de Saint Nazaire...
- Oh bon sang qu'il est lourd ! Un vrai tonneau de vin !
- C'est un sanglier, tu veux dire ; il en a même le poil...
- C'était soit les crêpes aux crevettes pourries, soit crêpes
aux champignons vénéneux... Vous trouvez pas que je suis froid
? L'empoisonnement, ça commence comme ça, par la froidure
des extrémités, relisez Platon...
Il vomit aussi sur la moquette. C'était un rendu de poivrot,
copieusement coloré au Côte du Rhône, que les sauveteurs
négligèrent absolument, lui laissant le temps d'imprégner
le tapis de manière indélébile.
Les deux sauveteurs se sauvèrent sans avoir relu Platon, l'air
passablement dégoûté.
- Il dit qu'il a aussi le choléra, annonça Biscoudé
à d'autres membres du groupe, massés dans le couloir, réveillés
et levés sous l'effet de la curiosité.
- Il a le choléra dans son lit, commenta Calbat, l'air choqué.
- Trop de cidre, hein ? ajouta le chauffeur d'un air entendu.
Tout le monde retourna se coucher, ayant décidé de ne
pas s'impliquer dans le désastre qui atteignait la chambre de Le
Hortec.
Lorsque la première crise fut passée, le malade se réveilla
dans son lit souillé et arracha les rideaux pour les poser sur ses
draps et renouveler sa litière. Puis, l'humidité et l'odeur
ayant néanmoins traversé ces couches, il enleva rideaux et
draps, les jeta contre le mur et se fit une couverture avec la descente
de lit. Ayant encore froid, il décida de se faire couler un bain
pour se réchauffer et se nettoyer, déboucha deux bouteilles
ramenées du Dolmen Celtique, et les but pour faire passer le premier
goût de vomi. Il cacha les cadavres dans son sac mais s'endormit sur
le carrelage sous le lavabo, où il ne fut même pas réveillé
par l'eau tiède débordant de la baignoire.
Le liquide passa sous la porte, trempa le couloir, puis l'escalier.
Sur le coup de quatre heures du matin, des fêtards discrets qui rentraient
éméchés du festival s'aperçurent de la catastrophe
et réveillèrent une nouvelle fois l'hôtel. Le Hortec
refusa que l'on pénètre dans sa chambre. Les sauveteurs ouvrirent
avec un passe.
Drapé dans sa descente de lit, Le Hortec se sauva dans les couloirs
et fit irruption dans les pièces réservées à
l'administration. Il bouscula le veilleur de nuit, tint à ce qu'on
appelle le directeur, qu'on n'avait pas réveillé, par l'effet
des suites d'un banquet, sans crêpes mais avec boissons fortes, organisé
à l'occasion du festival.
- J'ai été empoisonné par vos gaufres abominables,
hurlait Le Hortec qui, comme chacun s'en souviendra, avait dîné
dehors. C'est un scandale ! Je ferai fermer l'hôtel ! Je vais appeler
les vétérinaires, les fraudes, les douanes, les pompiers...
Le Hortec aurait même convié les canadairs, mais il voulait
juste, à cette heure, réveiller la terre entière. Au
milieu de sa démonstration, il fut pris d'un nouveau vertige, chancela
et vomit du vin presque pur dans le giron du veilleur de nuit qui le serrait
de près. Pour calmer ses braillements qui reprenaient de plus belle
après cet intermède, on lui donna une autre chambre, car il
se plaignait de ne pas pouvoir dormir dans l'humidité. Il demanda
à la demoiselle de la réception de l'accompagner dans sa chambre,
parce qu'il avait peur de refaire une syncope, mais la demoiselle de la
réception refusa. Avant que Le Hortec ne retourne se coucher, il
vida la pharmacie de l'hôtel de sa seule spécialité
anti-diarhéique, une vieille bouteille d'élixir parégorique,
qu'il goba toute entière, ce qui l'assomma pour le compte.
Il ne retourna donc pas dans sa première chambre. Les épongeurs
avaient vidé ses affaires dans le couloir et on les récupéra
là pour les lui apporter. D'après la gouvernante qui inspecta
les dégâts avant notre départ, l'ensemble de la nouvelle
décoration valait une inscription au livre des records.
Le Hortec ne saccagea pas sa nouvelle chambre et n'ouvrit même
pas dans le lit, s'étant écroulé dessus, vêtu
de l'accessoire qui lui tenait lieu de péplum depuis une heure.
Le lendemain matin, il n'avait rien perdu de sa combativité,
ce qui fit bien l'affaire de Vidouze, une nouvelle fois confronté
à un directeur qui, après la ruine de sa cour, devait faire
face à la ruine de sa décoration. Le Hortec, hautain, menaçant,
joua le jeu de la victime avec une parfaite conviction, se réservant
même de terminer sur un petit crescendo injurieux, gratuit, qui parachevait
le tableau de son innocence avec un certain panache.
- Ecoutez, mon cher, plaida Vidouze, définitif et s'adressant au
directeur, je comprends que ce genre de carnaval annuel puisse génèrer
quelques imprévus, mais pourquoi chercher la petite bête? Pourquoi
ne pas faire simplement jouer votre assurance sans nous inclure dans vos
petits détails ?
- Comment se fait-il que cet... individu... ait été le seul
à être malade ? demanda le directeur, retranché sur
ce dernier argument.
- Il n'y a que moi qui ai pris du beurre de crevettes, répondit Le
Hortec avec un culot magnifique.
Biscoudé, à un moment quelconque, avait eu le loisir de
lui raconter le dîner de la veille, où, au milieu des confitures,
s'étaient effectivement égarées quelques galettes fourrées
au beurre d'anchois, voire à la crème de roquefort.
Le directeur en panne de sommeil manqua définitivement de présence
d'esprit en ne convoquant pas un cuisinier pour lui demander un rapport
sur ce beurre de crevette fictif. C'est ainsi que Vidouze et Le Hortec
ressortirent la tête haute de son bureau sans rien avoir concédé.
Les rues étaient encore parsemées de papiers, de bouts
d'affiches, de canettes vides, bouts de ficelles et autres accessoires de
fin de fête, car la voirie municipale n'était pas encore passée.
A la quantité de ces dépôts, on pouvait juger que ça
avait été un chouette festival.
Le car démarra comme s'il emportait une troupe de fuyards, Vidouze
jetant des regards à droite et à gauche pour voir si quelque
membre du Paritel ne leur courait pas après pour nous signaler un
revirement d'humeur ou une catastrophe supplémentaire découverte
à la dernière minute.
Vidouze adopta ensuite la tête du trafiquant de drogue quittant
indemne un barrage douanier. Il ne regardait même plus le fond du
car, mais s'était étalé dans son siège et avalait
l'air d'une lente et ample respiration, les yeux dans le vague. Il faisait
vraiment pitié.
Il pouvait se demander et calculer à combien pouvait se monter
l'addition du réglement des dégâts de ce voyage. Vidouze
était au moins sûr d'une chose : il ne fallait pas emmener
Le Hortec visiter une centrale nucléaire, un barrage, ou une tour
de contrôle d'aéroport, si on voulait éviter de le voir
essayer et vérifier "comment ça marche, on me prend pas
pour une bille", et échapper à une catastrophe majeure.
L'Avignonnais lui faisait penser à ces tout petits enfants d'un an
qui touchent à tout, venant de découvrir les avantages de
la locomotion, de la préhension, et qui risquent de détruire
tout ce qu'ils peuvent atteindre, en le goûtant, le mordant et le
laissant tomber à terre.
Heureusement, le périple congé-congrès allait prendre
fin, avec ses deux dernières haltes ; d'abord l'étape du soir,
à Serre sur Semur, puis avec le dîner d'adieu du dernier soir,
dans un restaurant de la Butte Montmartre, à l'occasion de l'anniversaire
de la déclaration d'indépendance de la Butte. Un feu d'artifice
serait tiré. Paris adore faire des sons et lumière, et particulièrement
sur cette montagne. C'est simple, s'il n'y avait pas la Tour Eiffel, la
Butte ne pourrait pas suffire à cet appétit. Mais il était
hors de question d'emmener Le Hortec sur la Tour Eiffel. Il aurait pu vouloir
"l'essayer".