© Charles Imbert S.G.D.L N° U5323
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tandis que défile le compteur téléphonique,
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Normalement, je finirai l'installation de ce roman dans le mois de novembre 98.
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CHAPITRE QUINZE.

 

Les pétards font un bruit similaire au canon,
Tout est affaire de proximité, c'est selon,
Mais quel expert pourrait prétendre à distinction
Quand une ville toute entière s'occupe de ses lampions ?

 

Vidouze était tout excité à l'idée d'assister au fameux festival médiéval de Flumagny. Evidemment, le groupe n'en n'avait jamais entendu parler, mais il leur expliqua que ce spectacle organisé dans la vieille ville était une parfaite recréation du moyen-âge : la population se déguise aussi, des jongleurs, des cirques et des cracheurs de feu viennent s'installer pendant le festival, attirés par la réputation de l'événement, et tout concours à une grande fiesta pour enfants de cinq ans émerveillés.
Quelque part, Vidouze n'a jamais cessé d'avoir cinq ans. C'est là son grand problème-clé, parmi ses autres grands problèmes. Sophie, standardiste à Symphorep, a émi une fois l'idée que c'est aussi pour ça qu'il n'est pas encore marié.
A propos de Flumagny, le Guide Alternatif Labournard dit à peu près ceci :
"Flumagny fut fondé par les Champructères, tribu vassale des Parisy. César en parle dans ses Commentaires et ajoute : "C'est là qu'on y trouve ce petit chou-fleur des bords de Seine qui, faisant la joie du tribun Bélisarius Calburnus, déchaîna son appétit au point de lui faire presque perdre la vie" (Traduction Vallade et Beauvaisis, Genève, 1948). La tradition du petit chou-fleur s'y est perdue, mais les illustres visites guerrières ne cessèrent pas pour Flumagny. Presque rasée par les Huns, elle fut relevée sous le règne de Goémond XII, fainéant mérovingien, par la construction d'une première abbaye de style néo-byzantin, appareillée en en énormes blocs de charbon de terre, roche qui ne résiste malheureusement pas aux outrages du temps."
Qu'il nous soit permis d'ouvrir un aparté dans la citation du Guide Alternatif Labourard pour ajouter à ce qui précède : "Et pour cause, le charbon natif étant un excellent combustible." Mais poursuivons cette étude de l'histoire de Flumagny.
"Au douzième siècle, la ville de Flumagny atteignit le statut de ville franche, fut assiégée par Bernard de Cergy et construisit la magnifique abbatiale St Stéphane. Dévastée par les Anglois pendant la guerre de cent ans, Flumagny ne retrouva la prospérité qu'au seizième siècle. Connue pour être une place forte Protestante, l'Evêque de Luçon, Armand du Plessis, futur Duc de Richelieu y passa pourtant une nuit quelque temps avant de se rendre aux eaux de Vichy. Louis XIV vint aussi y dormir, un soir qu'une indigestion le forçait à prolonger au loin une partie de chasse pourtant bien commencée. Le pot de chambre qui avait été conservé de cette occasion disparut à l'époque de l'exode (juin 1940).
Napoléon faillit aussi y passer une nuit en 1814. Alors qu'il était déjà couché à l'auberge de la Grande Vache Enflée, la nouvelle que les Russes étaient signalés à Vladiwostock le fit se relever et monter dans sa berline tout débotté. Charles X vint chasser le cygne à Flumagny. A cette occasion, les commerçants de la ville lui offrirent un appeau en argent pour pouvoir imiter le cri de cette charmante sorte de palmipède. Plus récemment, René Cotty faillit y décéder, au cours d'un empoisonnement aigu, pour y avoir trop mangé d'andouillettes mal lavées. Le Général de Gaulle y a prononcé un discours en 1959."
Flumagny n'a pas encore de mercerie/agence de voyage, mais cela ne saurait tarder, grâce aux efforts d'Alexandre Pouldu, mercier de première classe, et de sa femme, Andrée-Josépha de la Mouthe, ancienne stagiaire chez Limousin-voyages.
Evidemment, ce dernier paragraphe n'est pas extrait du Guide. Mais comme le maire, ni aucun responsable n'a promis d'inscrire une quelconque merveille dans un plan à quelque échéance, il faut bien citer ici la seule promesse d'intérêt général qu'il soit possible de citer à propos de Flumagny, indication collectée incidemment sur l'envers d'un prospectus publicitaire distribué par une hôtesse déguisée en page moyen-âgeux.
L'accès au Paritel de Flumagny fut particulièrement épineux. Plusieurs barrages nantis de leur contingent adéquat de maréchaussée sourcilleuse durent être franchis. Un autochtone en casquette de pompier voulut absolument faire ranger le car dans un parking prévu pour des voitures de tourisme, et installé dans un champ boueux. Cet obstacle vaincu, le chauffeur eût à nouveau affaire à une autre sorte de maréchaussée, municipalement volontaire et en brassard, beaucoup plus obtuse et éméchée que la version professionnelle, mais sise cette fois dans la ville intra-muros. Le Paritel étant situé de l'autre côté de celle-ci, nombre de barrages durent enfin être franchis en sens inverse pour parvenir à une rocade susceptible de d'amener le car près de son point de chute.
Enfin et de toutes façons, il s'avéra que la façade du Paritel donnait sur une petite place d'où allait partir un défilé. Le car était complètement bloqué par des barrières interdisant l'accès à cette place. Cette fois, Vidouze téléphona à l'hôtel pour leur signaler que s'ils voulaient voir arriver leurs clients du jour, il faudrait tenter quelque chose.
Les travestis passaient sous les vitres du car, tantôt improvisés avec du papier crépon et du film d'aluminium, tantôt amoureusement vêtus de costumes revenus de l'année précédente, présentant un plus ou moins grand luxe de couture et d'accessoires.
Le directeur du Paritel tenta quelque chose, car la demoiselle de la réception, déguisée en Marguerite à godrons, vint parlementer pour obtenir le recul de la barrière. Le car avança et put enfin se garer. Sa cargaison bien surprise et ébahie en descendit et s'achemina vers ses quartiers. Tous étaient déjà fatigués des singeries du festival. La prise de contact avec la joie urbaine avait été plutôt rébarbative.
Curieusement, Vidouze n'insista pas pour réunir son monde et lui infliger une sortie collective. Il plaça la visite du festival sous le signe du facultatif, quartier libre, et il ne parvint par là qu'à entraîner trois émerveillés à sa suite, inconditionnels de ce genre d'événement. Vidouze voulant profiter lui-même de l'occasion avait fini par lâcher les rènes.
Désoeuvrés, les autres les regardèrent partir et brocardèrent ce qu'ils pouvaient voir du début du défilé. Puis ils firent retraite vers le Salon. Le Hortec douché de frais avait descendu deux bouteilles de sa réserve personnelle, et ils demandèrent des jus de fruit, des verres et du soda pour accommoder cet alcool.
Le salon était aménagé dans une pièce sur le devant du bâtiment, et contenait un escalier en bois, antiquité sculptée provenant d'une Maison de Maître et ne menant nulle part ailleurs qu'à la trémie peinte d'un plafond bouché. Sous l'escalier, les décorateurs avaient logé divers vases en cuivre et un petit canon d'infanterie complet, avec roues et affût peint en rouge. Le canon lui même était gris-noir, très foncé, très encaustiqué, et son tube ne mesurait pas plus d'un mètre de long pour un calibre de quelques centimètres.
- Tu vois, ça, c'est un canon de Napoléon, avança Le Hortec, péremptoire, à un Biscoudé dubitatif.
Pourquoi contredire quelqu'un lorsqu'on en sait encore moins que lui ? Biscoudé alla simplement s'accouder à la fenêtre, verre à la main, pour regarder la grande mascarade se mettre en route.
Le cortège commença à défiler. Apparemment, le festival n'était pas seulement une exposition de costumes folkloriques, mais aussi une occasion de parader socialement, déguisé en chevaliers et gentes dames moyenâgeuses. Ouvrant la procession, juché sur un mulet cathédrale ou quelque autre bâtardise d'âne géant, -ce porteur de grandes oreilles étant naturellement censé représenter un destrier chevaleresque- se redressait un grand dadais, enrubanné de carton métallisé par du papier aluminium.
- Il a l'air moche comme un thon et pou comme un balai, apprécia Zuricevic.
Le preux tenait une gaule, perche au bout duquel on avait cloué un fanion présentant les armes de Flumagny (un chou-fleur sinople sur champ de sable). Derrière cette oriflamme au brocoli venaient en procession des troubadours de sexe féminin, sorte de majorettes bien incapables de jongler, mais munies de cerceaux garnis de papier crépon de couleur, agités spasmodiquement au rythme aigrelet d'un fifre faux. Puis arrivaient encore deux succédanés de mulets, immenses, traînés, propulsés et coup-de triqués par deux valets, eux aussi en-créponnisé et enrubannés de satinettes carmin et blanche. Sur ces animaux rétifs, palefrois décorés de rubans, se cramponnaient deux damoiselles blondes, les reines de beauté du Festival.
- Je les reconnais à trois kilomètres, ces princesses c'est le genre grenouilles de discothèque, commenta Le Hortec qui leur avait glissé un regard. Ca c'est de la putasse !
Toute cette animation n'était finalement pas du goût des hommes sérieux et rassis, qui prisaient peu le carnaval, les défilés et les déguisements, on l'a bien compris. Ils avaient regagné le salon et, armé des bouteilles d'alcool du méridional, le verre à la main, ils laissaient leurs yeux errer dans le vague du paysage, jusqu'à ce qu'ils y voient... repèrent... discernent...
- On va tirer le canon ! affirma Le Hortec.
- Ca va faire du bruit ! observa une voix.
- Pas de bonne fête sans un peu de tonnerre, commenta Biscoudé.
Il voulait bien sûr parler du canon sis en dessous de l'escalier d'époque, dans le salon.
- Comment veux-tu tirer le canon sans poudre et sans obus ? demanda Calbat.
- On ne parle pas ici d'obus, mais de boulets, Monsieur Banane. Et on s'en passera, vu qu'on va tirer à blanc. La Biscoude, je vais te filer vingt sacs, tu vas courir rapido nous acheter des cartouches de chasse !
- Et si je trouve pas d'armurier ?
- Dans un petit bled de derviches comme celui-ci ? objecta Deschinon. Je te parie qu'en plus des cannes à pêches, l'armurier vend des vélos et des pastilles réglisse. Tu as ordonnance consignante de ne revenir sous aucun prétexte les mains vides, à peine de te voir considéré comme un festivalier fini.
- Si le quincaillier est fermé, tu trouves un bistrot et tu achètes des cartouches au patron, tu dis que c'est pour fêter un anniversaire (Rires multiples). Des cartouches ça se trouve partout, en France, sois démerde, quoi... l'encouragea Le Hortec, la tête déjà au dessus de l'engin.
Sur ce, deux autres interlocuteurs abandonnèrent cet exorde et pénétrèrent sous l'escalier pour s'emparer du canon. Par chance pour eux, le personnel du Paritel s'était replié dans ses bureaux, vers des fenêtres donnant sur le défilé. Les artificiers purent sans problèmes faire main basse sur l'objet de leur convoitise. Par chance encore, les roues n'étaient pas factices, ni bloquées, et le canon roula sur son affût jusque dans l'entrée, après quelques débats sur la destination que devait prendre l'arme dans les couloirs de l'hôtel.
Au bout d'un moment, l'ammunitionneur revint, ayant déjà rempli sa mission en trouvant une armurerie ouverte en face, sur la place, et il exhiba fièrement deux pleines boîtes de cartouches.
- Il faut ouvrir les cartouches et vider le plomb ici, la poudre là, commanda Le Hortec en présentant deux grands cendriers vides au comité chargé de cette opération.
A la vérité, comme tous faisaient partie de ce comité, l'opération fut effectuée en moins de temps qu'il n'en fallait pour resservir une tournée et lamper celle-ci.
Le verre à la main, les apprentis artilleurs supervisèrent les derniers détails.
Le canon fut renversé, gueule en haut comme une oie qu'on gave. Un entonnoir en papier servit à y faire descendre deux pleines poignées de poudre noire.
- Faut bourrer, recommanda quelqu'un.
Une embrase, détachée d'un rideau, forma un petit tampon, vite refoulé dans le canon à l'aide d'un pied de chaise.
Le canon fut enfin roulé en plein air, sur la terrasse du salon, là où l'été on devait disposer des parasols.
- Et si on mettait un boulet, finalement ? demanda un olibrius.
- Tu as vu dans quoi on tire en face ? fut le seul commentaire que reçut cette proposition qui méritait la palme de l'andouillerie totale.
Effectivement, en face c'était la ville ou défilait le cortège moyenâgeux. Même en tirant en l'air, il y avait grand risque d'accidents, paniques furieuses, crises cardiaques ou syncopes.
- Halte au feu, commanda Le Hortec. On va le tirer derrière, sinon toute cette bande de déguisés va croire qu'on a voulu l'assassiner. Comment on prouverait qu'on a tiré à blanc ?
Le canon fut donc remorqué jusque dans l'arrière-cour de l'hôtellerie et posté là, à un mètre de la porte vitrée qui y menait, braquant sa gueule menaçante vers le mur opposé de la petite cour de service. Le Hortec prépara un boute-feu avec un bout d'ourlet de rideau entortillé au bout d'un tisonnier. Il battit du briquet et eut quelque peine à communiquer une ignition correcte au tissu, qu'il imbiba alors de Cognac. Adorné d'une petite flamme bleue, le tisonnier fut enfin approché au-dessus de la lumière du canon.
Ce premier essai ne donna rien. Les spectateurs revinrent, prudents, pour examiner le pourquoi du non événement. Nez sur le canon, ils s'aperçurent que la lumière avait été bouchée par un cure-dent, amalgamé par des couches successive de cire d'abeille, utilisée avec profusion au fil des ans pour l'entretien de la patine du vieil engin de guerre. L'obstacle fut aussitôt promptement extirpé. Le Hortec déposa un petit cône de poudre noire dans et sur la lumière pour être bien certain que le feu puisse cette fois faire son office.
- Ecartez-vous, brama cette fois le thuriféraire du boute-feu, accroupi derrière l'abri précaire et symbolique de la porte fenêtre.
Le tisonnier et sa flammèche laborieuse furent ramenés au dessus de la lumière du canon.

Et cette fois...
A force de voir des explosions au cinéma, plus personne ne peut connaître la soudaineté d'action des explosifs. Hollywod utilise des feux d'hydrocarbures, qui dégagent des fumées noires tout en roulant des flammes oranges, par des processus chimiques lents, et le bruit est limité à la bande passante et à la dynamique des équipements sonores. C'est faire bon marché d'une véritable explosion, un phénomène comparable à un coup de fusil, violence multipliée par un certain facteur, extrèmement rapide, quasi invisible dans son action, ne laissant qu'un peu de fumée blanche à la place d'une stupéfaction ravageuse...
Le vacarme fut énorme, bien entendu. Mais...
... Où était passé le canon ?
- Putainn', où est passé ce putainn' de canon ? croassa Le Hortec dans son habituel vocabulaire.
Il fit un pas de côté, sortant de l'abri qu'il s'était choisi, la porte vitrée fracassée, et un des poivrots de la compagnie remarqua :
- Mais tu saignes, La Horte !
Effectivement, un petit morceau de vitre, projeté par la déflagration, avait entaillé le Le Hortec au dessous de l'arcade sourcilière droite. Cette minuscule écorchure laissa sourdre une goutellette hémolitique, puis se résorba dans la minute suivante, quasi invisible.
Mais ce n'était pas tout. En faisant un pas en avant dans la cour pavée, ils purent juger de leur pleine réussite.
Le mur d'en face était noir sur les dix mètres de sa largeur. Des éclats -des éclats ?- avaient labouré jusqu'à la brique cette façade salie. La gouttière pendait, arrachée sur toute la longueur du toit surplombant la cour. Un chien assis, édifié approximativement au dessus de l'épicentre, avait beaucoup souffert de l'événement et soulevait tout un panneau d'ardoise du toit dans un mouvement ambigu, façon pagode.
Un tuyau d'arrosage jaune, préposé au nettoyage, avait été propulsé loin à travers l'espace et traversait, comme un bout d'intestin gigantesque, l'espace entre le mur de la cour et l'antenne télé de la maison d'en face.
Tous les luminaires suspendus en façade avaient été soufflés, envoyés au diable. Un seul restait, descellé, pendant par ses fils d'alimentation.
Une inspection ultérieure révéla qu'une fourgonnette de livraison, garée dans le coin de la cour, avait eu son pavillon en tôle faussé, et que l'onde de choc de l'explosion avait repoussé le véhicule et son pare-choc contre un muret qui avait même été, lui, déformé. En somme, un bilan complet restait à faire.
Et le canon avait explosé, disparaissant comme l'enveloppe d'une bombe.
Non seulement l'engin s'était transformé en une myriade de fragments, affût, tube, roues et tout, mais en plus, personne, parmi les humains, n'avait été plus blessé que Le Hortec. Ceci représentait le véritable miracle de la journée, et personne ne le réalisait.
- La vache ! Il a décollé comme une fusée, commenta Deschinon.
- Dis pas de bêtises ! S'il a sauté et est retombé quelque part, on va être salement empègués !
C'était une crainte vaine. Le canon avait été sublimé sur place, en quasi vapeurs.
- Tu y as collé trop de poudre, reprocha Biscoudé à l'adresse de Le Hortec.
- Trop mis de poudre ? Qu'est-ce que tu y connais, toi, artilleur en noyaux de cerises ? se défendit véhémentement l'interpellé. C'était un canon de parade, ils se sont fait entourbiller par un antiquaire qui le leur a vendu pour un canon de campagne...
- Et ils peuvent dire merci parce qu'on a mis fin à la supercherie ? Hein ?
- Je ne discute même pas avec des gens qui ne connaissent pas le véritable aspect du canon d'infanterie... modèle Choiseul... Oh, tordu, banane à tripe d'andouille !
Ainsi, ils avaient échappé à l'explosion d'un engin capable de tous les déchiqueter, et ils débitaient des insanités, comme à leur habitude.
Ils ne perdirent pas complètement le nord, décidant comme d'habitude de pratiquer le pas-vu-pas-pris et opérant une retraite rapide à l'intérieur de l'auberge.
Ils allèrent se poster, innocents comme l'agneau qui vient de naître, aux fenêtres donnant sur la fin un peu désordonnée du défilé. Tout le monde avait entendu le bruit de l'explosion, et quelques cous se dévissaient encore dans diverses directions pour essayer de saisir la suite de cet infernal vacarme.
Il n'y eut pas de suite immédiate, et la loi de l'omerta fonctionna à merveille dans le groupe des poivrots, pénétrés de la nécessité incontournable de serrer les rangs et de fermer leur bouche, tous complices qu'ils étaient...
Les regards du personnel de l'auberge se braquèrent cependant sur eux. Une première députation à la mine triste, formée du Directeur, de la demoiselle de l'accueil et du premier garçon d'étage s'approcha même de Biscoudé, qui menait grand bruit au salon, à deux pas de la place vide du canon, en racontant un inintéressant et fictif après-midi de shopping -il n'avait pas été plus loin que l'armurerie-. Le Biscoudé, consulté, fut d'un culot absolu et renvoya la brigade d'enquête voir du côté du défilé, en les décorant, de surcroît, de conseils convenables pour une cour de récréation. La députation, peu accrocheuse, se replia hors du salon, mine basse. Dix minutes plus tard, la standardiste et un cuisinier revinrent les guetter au bout du couloir menant au Salon. Les occupants de celui-ci soignaient leurs nerfs en restant très calmes, effondrés dans des fauteuils. Personne ne revint plus approcher ces clients. Il était probable que la direction s'occupait à formuler des hypothèses impossibles, et que les experts, dont l'officielle maréchaussée Luminoise, s'occupait ailleurs avec les soucis du Festival.
- On a de la chance qu'ils ne savent pas qui c'est, énonça Calbat dans un éclair de lucidité absolument exceptionnel. Je ne sais pas si les assurances remboursent l'audace, mais là, il y en a eu beaucoup de dépensée. On a fait très fort pour leur décorer leur hôtel.
Au retour de Vidouze sur le coup de vingt heures, le doute planait, occilant entre le vieil obus déterré, jeté par dessus le mur de la courette, et une "pyrotechnie surprise", prévue pour le festival et qui pouvait avoir été mal mise en place par l'hôtel. Mais Vidouze fut intercepté par une députation Paritellienne reformée, dégageant beaucoup plus d'angoisse après la découverte des vestiges de la cour de service. Vidouze fut invité à entrer dans un arrière bureau pour y déposer son paraphe sur quelques papiers, décharges pour renoncer à incriminer l'hôtel. Y eut-il seulement renonciation à poursuites potentielles de Symphorep, cela reste incertain, mais et il en ressortit de fort méchante humeur. L'omerta, qui n'avait pas faibli dans le groupe, se chargea de le ramener dans son impuissant état dépressif. Biscoudé, interrogé directement, osa même à mi voix traiter Vidouze de fesse d'huitre.