Petit Texte A Propos de Circum (PTAPC).


Illustration par l'auteur de Mike Balcon.

Chose promise, chose due ; il fallait un mot d'introduction pour "Circum...", le voici donc en postposition, venu longtemps (quelques mois) après l'installation du Roman.
Oui, Circum est un roman. il est assez long -dans sa forme- pour y prétendre. Cependant on n'y trouve pas d'histoire d'amour, aucune Dulcinée d'un Toboso quelconque. Qui sait d'ailleurs que Toboso existe ? Un peu plus de 3000 habitants, de nos jours, peuplent ce petit bourg situé dans les environs de Tolède.
La Topographie hautement fantaisiste de Circum s'appuie évidemment sur une toponymie ; tous les lecteurs auront remarqué qu'il y figure une scie circulante sur les diverses localités, retrempée à toutes les étapes dans l'encre d'un Guide touristique. En tant que Directeur artistique dans la publicité, j'ai longtemps collaboré à la confection d'une quantité d'annonces publicitaires destinées à de tels guides, et ce travail renseigne assez bien sur la vie économique d'une région, à travers ses commerces, restaurants, pôles de vies.
Ce voyage est le prétexte pour faire vivre mes personnages en vase clos ; en tant que fil, il devait former une boucle, puisque c'est un voyage qui ne mène nulle part, sinon sur sa propre aventure. Il faut toujours une unité de lieu, de temps, d'action, et si on attribue généralement cette trouvaille à nos écrivains du XVIème siècle, tous ceux qui ont lu la Poétique d'Aristote sauront où nos écrivains classiques sont allés piocher pareille idée.
Le Hortec est un personnage paroxismique qui ne peut se consumer dans un seul ouvrage, s'absorber sur un seul protagoniste. Vidouze, présenté comme le ressort de normalité du récit, est finalement victime physiquement, sacrifié par le minautaure de la bêtise que représente Le Hortec. C'est lui qui "disparaîtra" au bout de Circum, et qu'on ne retrouve pas dans d'autres récits établis autour de l'avignonnais.
Ce que représente le Hortec, c'est l'inconséquence, l'irresponsabilité inscrite dans nos sociétés modernes. Cette irresponsabilité a été inaugurée par des bureaucrates éloignés des terrains d'action, organisant les choses par des "vues de l'esprit" et des modes de pensée coupés des réalités. Souvent, on parle d'ailleurs d'une faute de "technocrates", quand l'instrumentalité physique d'une solution manque à son but. On remarquera que, dans un tel cas d'impéritie et d'inadéquation entre la conception et l'effectuation, les responsabilités se dérobent. En tant que membre du bureau de l'une des associations de défense des petits porteurs d'Eurotunnel, je pourrais naturellement broder sur ce thème. Si vous êtes curieux : (http://www.mygale.org/01/adacte/index.html), mais il reste encore beaucoup de travail à effectuer, et vous ne trouverez aucune trace visible d'un mien travail sur ce site.
Le personnage du bureaucrate catastrophique existe déjà : c'est Gaston Lagaffe. Il est un tel archétype qu'il faut pratiquement refuser d'imaginer faire vivre des personnages paroxismiques dans une convention de lieu qui soit un bureau. Travaillant aussi dans la BD (certaines sont sur le même site), il m'est arrivé de me pencher sur la structure du scénario de Gaston Lagaffe ; j'ai entré en base de données le quelque millier de planches qui en existe, j'ai scruté les arborescences, le méta et le micro, bref j'ai commis un travail qui était proche de donner un résultat autre que personnel, lorsque l'auteur de Gaston Lagaffe décéda, avant que je le contacte. Ceci pour dire à quel point j'ai hoché la tête devant le danger de rester enfermé au bureau.
Une autre de mes source coule depuis les humoristes anglo-saxons. Je prise l'humour fin, brodé et transparent de Dickens ou de Thackeray, mais c'est surtout Mark Twain ou Jérome K. Jérome qui m'ont fortement marqué, en osant faire rire, en ayant recours à des charges parfois appuyées, ce qui est normal lorsque on examine le procédé de l'écriture comique.
Sur ce procédé ou sur l'écriture comique, en tant que tels, je me suis étendu dans un autre roman "Bulle teinte" (déposé SGDL), où je raconte la vie et les rencontres d'un petit groupe d'écrivains non publiés qui finissent par éditer un bulletin -d'où le titre du roman- littéraire. Il n'est pas dit que je n'installe pas un jour ce roman sur le web, et sur Cavok (ce qui serait une continuité logique). Il contient quelques vues sur l'édition française actuelle -je ne sais pas comment cela se passe au Québec, particulièrement, ou même en Afrique (Que le reste du monde francophone ne m'en veuille pas de ne pas le citer, et apprécions-nous tous)-.
Quelques uns de mes correspondants de longue date m'ont laissé entendre que, bien que me lisant de manière régulière, ils n'iraient pas lire Circum, parce que "c'était des histoires de poivrots, donc des choses vulgaires". Hum, ils n'ont pas vu que j'ai aussi des histoires de drogués, sur Cavok. Là, ce n'est plus de vulgarité, qu'il faudrait me taxer, mais de désespérance. Oui, le spectacle des narcoses n'est pas enthousiasmant, nous le savons, mais je ne peins pas des clowns tristes, je peins des clowns débordants de vie, enthousiastes tout seuls.
Ceci dit, ce n'est ni du Reiser, ni du Vuillemin (ce dernier que je n'ai pas rencontré depuis longtemps, et qui prend son travail très à coeur, ce qui donne un très bon résultat).
Et puis, c'est encore pire que ça. J'essaie de ne pas être réellement vulgaire ou complaisant, mais il y a bien deux ou trois vomissements dans le corps de Circum. Je pourrais naturellement opérer une pirouette dans les règles de l'Art en posant : "qu'est ce qui est le plus sale, le vomi ou ce qui l'a provoqué ?" Allons, foin de ce genre d'Art-tifice.
Au sujet de la vulgarité, je me suis longuement introspecté, suite au premier jet (!) de Circum il y a trois ou quatre ans. Je craignais surtout d'avoir flotté au niveau de l'écriture, mais non, ça se tenait, ça se tient toujours. Il y a de la farce, et aussi quelquefois de la finesse, de temps à autres.
Allez, bon, je trouve que les équilibres sont en place, la linéarité est bonne, légèrement relevée pour aménager un effet de fin passable à des personnages qui se passeraient de fin, bon, eh bien je suis structurellement content, tout en n'ayant pas posé de clés et de lignes de construction dynamique ; il n'y a pas d'inter-construction dans Circum, non pas que je ne sache pas faire, prévoir ou charpenter des clés, mais la nature comique m'a fait décider de passer outre à ce luxe ; j'ai pensé qu'il s'agissait de bouts de situations posés les uns conjointement aux autres, sans avoir besoin de poser des "repères d'ambiance", car Circum n'est pas un Tout.
Ceci dit, Le Hortec est à jeun, quelquefois. Il n'est pas méchant ; un sagouin s'en prend aux choses, un salaud aux personnes, et il est de la première catégorie.
Mais quel est le propos de cette outrance ? D'abord, faire rire, et j'espère que beaucoup auront souri. De plus, Cavok est assez visité, ce qui est remarquable pour un site qui propose surtout du texte, même s'il existe quelques images dans un coin ; cette fréquentation est donc le signe que j'ai réussi mon boulot (j'le savais, eh, j'le savais !).

Je fais mine d'une belle auto-satisfaction, et c'est sur ce seul socle que je peux parler de "ma vue de la littérature". A cet instant précis, si j'avais des yeux dans le dos -et non pas fixé sur l'écran où je vois apparaître cette postface-, je verrais ma bibliothèque, bourrée de livres jusqu'au plafond. J'aime les livres, et aussi les livres d'images ; la variété aride des annuaires est en régression depuis que l'informatique liste aisément des millions d'entrées, donc je peux dire que j'aime tous les livres. J'ai été abonné pendant quelques années à Livres Hebdo, le journal professionnel de l'édition française, puis un jour je ne me suis pas réabonné, car les nouvelles de ce monde ne m'intéressaient plus.
Je crois que je m'exprime, mieux que je n'aurais la place ici, sur "ma vue de la littérature" dans "Bulle teinte" que je vous décrivais plus haut. Disons pour simplifier que j'ai été jusqu'au bout de pas mal de fils, de processus, d'envies, et même d'occasions dans le monde littéraire. Puis est venue une période, qui fortuitement a été remplie par d'autres espoirs, d'autres créations.
Je pense qu'il est dommage que beaucoup de romans se déroulent sans proposer au moins un "moment fort", (j'avais envie d'écrire "sans proposer un coeur de tungstène", alors je l'écris spontanément, même si à chaque relecture de correction de cette préface je trouve ça atroce et quasi de mauvais goût). Pourquoi une association d'idée sur le tungstène ? Parce qu'en Janvier j'ai conduit sur le Pont Champlain en me demandant comment autant de pneus pouvaient ne pas être cloutés, et récemment je dînais avec quelqu'un repartant le lendemain en Norvège, qui m'a sorti qu'en Scandinavie ils roulaient avec des pneus au tungstène, et que cela bousillait leurs chaussées. Hum. Bon, revenons à la littérature.
Voyons un autre apparté qui me fera mieux comprendre : il est remarquable que la Photo, la belle photo, se fasse de plus en plus connaître et élargisse de plus en plus son public, simplement parce qu'elle raconte une histoire, au moment où d'autres moyens d'expression artistique en sont réduits au murmure ou au ronron. Heureusement, dans la littérature, il existe de petits éditeurs courageux, des auteurs doués, qui sont hélas engloutis par une abondante production émulsifiée, dégageant parfois un fort parfum de savon à bon marché.
Il faudrait quand même rendre sa place au cri, intempestif, dérangeant et anti langue de bois. Le cri pur, vrai, irrécupérable, même enroué au point de dire "coucou" (qui signifie "cuicui", mais avec un fort accent).
Ceci dit, j'ai choisi ce texte là -Circum- justement parce que j'en avais marre du parfum de la mousse à la rose. Quand Lautréamont écrit "Je pue, je dégoûte même les porcs", il se passe quelque chose, de même quand il dit écrire avec une plume rouillée et des crapauds sous les aisselles. Il y a une outrance.
J'ai eu envie d'outrer. J'ai osé. C'est passé.
Je suis comblé.
Merci A tous
et A+...


Et l'auteur de Mike Balcon, hmm, c'est moi.