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de France HyperBanner
Une courte notice :
Ce texte parle de chiens.
Il fait partie d'un lot de quatre nouvelles sur les chiens,
installées ici le 26/4/98.
Je prie les amoureux inconditionnels des chiens
de ne pas prendre ombrage des situations, envolées et péripéties
portant sur l'objet de leur amour.
En tapant "Chien" dans la petite fenêtre de Yahoo.com,
ils auront cent fois
l'occasion de se consoler.
Le chien de Lestrade
© Charles Imbert 1994
Nouvelle de +/- 7500 signes
Charles Imbert 1994 (© S.G.D.L N° U5323 "Une semaine
de délire")
Ce texte est donc copyrighté, aucune reproduction autorisée
sans ma permission.
-une seule copie sur votre disque dur- .
Vous n'arriverez jamais à la lire ici à
tête reposée
tandis que défile le compteur téléphonique,
(je parie que vous iriez voir la chute et qu'ensuite vous partiriez,
ce qui serait franchement dommage pour le reste de l'histoire,
n'est ce pas ?)
aussi j'ai tenu à vous rappeler que le compteur tourne
et j'ai retiré le petit filigrane des tickets sur le bord,
car si le texte
en devenait illisible, je n'ai pas à préjuger de
savoir si vous lirez la suite
hors connexion ou après avoir fait
"Save as",
dans le menu fichier de votre Fureteur (terme joual).
A propos, je précise que cette histoire sort
entièrement de mon imagination,
qu'il ne s'agit aucunement de l'illustration d'une expérience
ou de connaissances
ou la référence à une situation rélle
ayant existé, etc. ou quoi ou kaisse.
Et puis si vous voulez des précisions, il vous reste le
Mailto
(le stylo en gif animé qui envoie le mail à la bonne
adresse, le vites-vous ?).
Et je dispose encore de textes un peu plus carabinés sur
les chiens, de même que
d'épanchements par mail de correspondants sollicité
sur le sujet, le tout en café
un peu fort. Si c'est un jour édité sur papier,
j'hésiterai en me demandant
si je peux ajouter ces blagues, promis...
Revenir à l'index des nouvelles
?
Autour de la table, les buveurs absorbaient les liqueurs,
cognacs et autres marcs comme s'ils avaient voulu se plonger dans
le brouillard de la narcose pour une bonne semaine. Leurs propos
décousus, à base de commentaires idiots et singuliers,
roulaient pléonastiquement sur les mêmes sujets,
éventrés et défoncés depuis le début
du repas. Puis, passé le dessert, une nouvelle orientation
sembla se préciser, laissant libre champ au monologue appuyé
et commenté. Le thème principal de ces récits
était la chasse, et, après un blanc de coversation
qui le laissa libre de prendre et confisquer la parole, Le Hortec
se mit à raconter comment il avait lâché un
coup de fusil sur le chien de Lestrade, son beau-frère.
- C'était un vrai malade, ce chien. Une fois, Lestrade
l'a laissé enfermé dans sa voiture, le temps d'aller
dire bonjour au bistrot. Voilà t-y pas que le cabot commence
à s'énerver et à déchiqueter les banquettes
? Quand Lestrade est revenu, il ne restait que le squelette en
fer des sièges, avec un peu de bourre et des morceaux de
tissus encore accrochés dessus, pour rappeler ce que ça
avait été...
- Oh misère ! Moi je lui aurais réglé son
compte tout de suite ! Tu dis qu'il a encore survécu après
cette affaire ?
- Moi, la même chose est arrivée à mon beau-père,
mais c'était des sièges en cuir. C'est probablement
la couleur qui a donné des idées au chien...
- Oui, eh bien, d'idées, ce chien-là dont je parle,
il en avait pas, des idées, continua Le Hortec. Il avait
pas de flair non plus, il entendait rien du tout non plus, et
des fois on aurait pu se demander si il voyait bien où
il était, à se mettre dans tes pattes...
- Ah, oui, c'était un chien malade...
- Malade ? Pas du tout, en pleine forme. Il aurait bouffé
un éléphant pour son dîner. Lestrade lui donnait
du... truc, la marque, avec du complément de truc... Eh
bien y'en avait jamais assez, du complément de truc. C'est
une bénédiction qu'il en ait été finalement
débarrassé, je le proclame.
- Justement, tu allais nous raconter comment tu as procédé...
- Oh, mais ça a été des histoires, des chichis...
Ma soeur l'a regretté, ce chien. Alors ils l'ont fait empailler,
mais il en manquait un grand morceau à l'endroit du coup
de fusil, alors le taximerdiste a récupéré
des faux poils fabriqués avec de la garniture en laine
de verre pour mettre sous les toits -vous voyez de quoi je parle-,
et c'est presque la bonne couleur. Vous pourriez le voir, il est
en posture assise, c'est définitif, comme le chien de "pâté-macaroni",
les disques, n'est-ce pas ? -mais Lestrade avait pas de phono
pour le mettre à côté, alors il l'a posé
assis sur une baffle de la Hi-fi. La première fois que
tu le vois, ça fait une impression boeuf, parce que tu
sais pas que le chien est faux, et tu te demandes pourquoi cette
cinglée de bête est montée se percher sur
ce meuble et quand il va te sauter dessus, c'est étonnant...
- Donc, tu l'as rectifié d'un seul coup...
- Pas tout à fait, mais bon sang, je l'ai pas manqué.
On était à la chasse au canard. Moi j'aime bien
le canard, mais plus ils sont sauvages plus ils sont menus et
musclés, alors il faut en tuer beaucoup, beaucoup, pour
en avoir dans ton assiette...
- La chasse au canard ? Il devait avoir une drôle de tête,
ton chien, pour que tu le confondes avec un canard.
- C'était pas mon chien. J'avais dit à Lestrade
de pas l'emmener, qu'il risquait de prendre froid ou même
de se noyer, mais lui il soutenait qu'il était temps de
lui apprendre à ramener, et que, comme ça, le chien
lui ramènerait les pantoufles, le journal et le lait. En
fait, c'est nous qui l'avons ramené... dans un sac poubelle,
pour pas mettre des organes partout, les sièges étaient
refaits, n'est-ce pas ?
- Et tu l'as préparé avec une sonnerie de cor de
chasse, au moins ? C'est un langage que les animaux comprennent
bien, tellement c'est sinistre.
- Plus sinistre que le cor, il y a le saxophone. Oh punaise, vous
connaissez pas le saxophone ! J'ai un disque de Miles Davis...
- Miles Davis, c'est le vibraphone, eh nul. C'est Sydney Bechet,
qui fait le saxophone...
- Non, non ! Lionel Hampton ! Sydney Béchette, c'était
le banjo...
- Bon sang, le chien, au premier coup de pétard, le voilà
qui se taille à l'horizon, tellement il avait la frousse,
poursuivit Le Hortec, imperturbable et ne s'arrêtant pas
aux digressions de son auditoire. Je dis à Lestrade "tu
l'as perdu", et lui il siffle son chien, il l'appelle, pas
de chien. Bon, on essaye de faire leur fête aux canards,
et puis vient l'heure de casser la croûte. Je déballe
mon sandwich au fromage de brebis, voilà que le claquos
était pourri. Y'avait tellement d'ammoniaque là
dedans qu'on aurait pu nettoyer la moquette avec.
- Ah ouais, je connais, c'est répugnant. C'est un produit
dégueulasse...
- Alors je prends les sandwiches et ni une ni deux, hop, dans
un fourré. C'est écologique, le fromage, et puis
il faut penser aux fourmis, même dans du papier d'alu, elles
en font leur beurre.
- Ouais, mais le pourri, même le claquos pourri, c'est pas
écologique...
- Non, c'est prophylactique ? Tu peux aller le récupérer
en Camargue, si ça te tourmente. Bon, c'est pas ça
le problème... Tout à coup, je vois le fourré
au sandwich qui frémit. Y'avait une bête qui essayait
de se le becqueter le message écologique. Alors moi...
- Alors ouais, t'as lâché la purée...
- J'ai rien lâché du tout. Un peu d'attention et
cessez de m'interrompre, ou c'est moi qui cesse. C'est pas une
histoire drôle, c'est la mort du chien de Lestrade, ce corniaud...
de cabot. Ca y est ? Donc, moi, je me tiens prêt, mais quand
je vois pas ce que c'est, je tire pas. Je ferais même des
sommations pour voir si ça répond. Mais là
j'ai vu de la fourrure, j'ai fait ni une ni deux, il poussait
des grognements, quasi lubriques, à cause du papier d'alu
et du sac en plastique qui enveloppaient la bonne odeur et faisaient
obstacle à sa dernière volonté...
- On n'y est pas encore, les gars. La Horte va nous dire que le
premier coup, il a allumé un flamant ou un dauphin. Pour
le chien, repassez demain...
- Oh pétard, moi j'arrête ! Surtout que j'arrive
au passage le plus dur ! Le plus triste ! Ce crétin de
clebs a trépassé sur le coup, mais il y avait des
boyaux sur un mètre de large. C'est que le canard, c'est
vachement résistant, ça vole, ça vole, alors
une canardière, t'y mets pas du petit plomb...
- Allez, reviens-y, ne nous fais pas languir, La Horte.
- Très bien, donc... Patatras !... Je l'ai éclaté,
il a crevé de surprise sur le coup...
- Dis donc, c'est ton beauf, qui devait être content ?
- Oh, lui il restait là, l'abruti, et il répétait
: "Bon sang, Nestor..." Nestor, c'était le nom
du cabot, ce corniaud, n'est-ce pas ?
- Corniaud, c'était sa race ?
- Penses-tu ! C'était un pur Griffon croisé Prince
de Galles, avec Pedigree ! Ils donnent des Pedigree à n'importe
quoi.
Et Le Hortec secouait la tête, comme navré à
ce souvenir, bien qu'il fut clair qu'il n'accordait aucune importance
spéciale au décès du chien de Lestrade. Simplement,
il se souvenait que, par convenance, on déplore ce genre
de disparition tragique, comme la perte d'un véritable
membre de la famille, et un reste d'hypocrisie sociale se greffait
sur le comportement erratique du poivrot cramponné au bord
de la table, pour l'obliger à publiquement faire amende
honorable de ce coup de fusil malheureux qui venait cependant
de lui fournir l'occasion de captiver toutes les attentions pendant
cinq minutes par le truchement d'une histoire... Peut-être
pas très glorieuse, mais soutenue, ça oui... n'est-ce
pas ?