© Charles Imbert S.G.D.L N° U5323
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Vous n'arriverez jamais à la lire ici à tête reposée
tandis que défile le compteur téléphonique,
je vous conseille de faire un save et de lire hors connexion.

Normalement, je finirai l'installation de ce roman dans le mois de novembre 98.
Merci de patienter et/ou de me prodiguer vos encouragements, un carburant apprécié, si, si.
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CHAPITRE HUIT.

 

Certains assurèrent que les bruits les plus salés
Avaient secoué les murs de l'hôtel cette nuit là.
Ils n'étaient pas au bon endroit pour en juger,
Et le respect des Dames exige le chapeau bas.


De retour à l'hôtel, après une descente à Vironay fort plaisante, pour cause de déclivité agréable et bien orientée, chacun se précipita sur le menu affiché. Ils devaient manger : une pauchouse de la Seine, une salade Polyeucte, un filet Vinobate. Le Hortec mena grande propagande contre ce menu, jusqu'à décider quatre convives à l'accompagner au Menhir Celtique. C'était naturellement le devoir de Vidouze de les accompagner.
La Pauchouse est une sorte de meurette, mais les poissons sont cuits au vin blanc pur, flambés à l'eau de vie, et la sauce est liée pratiquement quatre fois, à la farine, au beurre, aux ufs et à la crème. C'est un plat solide, qui ferait tenir debout un terre-neuvas ayant sorti sa tonne de morue dans l'heure, mais c'est aussi un plat rare, puisque la recette originale compte exclusivement du brochet et de l'anguille, poissons carnassiers et peu répandus aujourd'hui. Des espèces plus triviales avaient ce soir là pris leur dernier bain dans la pauchouse.
La salade Polyeucte extirpait son nom grec de sa composition : Olives, tomates, fromage de brebis, sans rien de surprenant. Le filet Vinobate devait par contre leur apporter une nouvelle ration d'étonnement.
Ce rosbeef avait mariné longtemps dans un vinaigre aux herbes, et il avait été piqué menu de petites insertions de lard et d'oignons, au point d'en doubler quasiment sa taille. Les douze convives furent agréablement surpris par les efforts de la brigade de cuisine, le jus et les petits légumes frais tournés accompagnant ce plat ayant, eux aussi, été l'objet de peines et soins. La viande et son accompagnement étaient frais et tendres. Quelle surprise que cette sophistication dans un Paritel !
En somme, ils dînèrent presque comme des Papes en Avignon. A la fin du repas, un papier fut déplié, confié par Vidouze et annonçant le programme du Lendemain : ils devaient ce jour là rejoindre Coulommines, et visiter... le Lecteur fit une halte avant d'annoncer le sujet de la visite : Le musée de la Marne, à Coulommines.
Nul doute que si Le Hortec avait été là, il eut sévèrement brocardé Vidouze et les organisateurs sur ce coup double.
Mais Le Hortec se gobergeait au Menhir Celtique. Ce soir là, il s'était mis en tête de se faire servir des crêpes au canard et n'en eût pas. Il en tira une telle acrimonie qu'il en perdit toute combativité. Lorsqu'il revint au Paritel, il ne la ramena pas davantage. Biscoudé avait acheté un jeu de tarot et lui proposa de faire une partie, ce qu'il refusa en prétendant que les croissants du matin, joints à son mauvais dîner, l'obligeaient à aller se coucher de bonne heure. Devant cette défection, c'est effectivement ce que firent les autres. Ainsi, le lendemain matin, tous affichèrent le teint rose et frais des bonnes consciences qui ont bien dormi d'un sommeil complet, hormis et excepté l'épisode des call-girls, qui réveilla tout le monde.
En effet, tout le monde était couché et bien endormi lorsqu'un vacarme s'éleva dans l'hôtel quelque part vers la réception : l'absence de canard avait eu un effet modérateur sur la consommation de vin de Le Hortec, et n'ayant que quelques bières à son actif, celui-ci avait décidé de compenser sa soirée manquée au moyen d'un autre dérivatif.
Le Hortec avait réussi à décider deux call-girls parisiennes, convoquées au téléphone, de prendre un taxi jusqu'à Vironay, et il se chamaillait violemment avec le gardien de nuit en prétendant que ces demoiselles faisaient pédicure et manucure et qu'elles ne resteraient avec lui qu'un moment en visite, sans polluer de literie. Le bruit se calma sans que l'on sache si le gardien de nuit avait eu gain de cause en restant incorruptible et inébranlable.
Le lendemain, le Sudiste se vanta seulement que cette aventure lui avait coûté cher de taxi pour amener les filles, sans assener plus de révélations sur sa vie secrète ou les arcanes de son carnet d'adresses.
- Direction, le musée de la Marne, se plaignit seulement Le Hortec en montant dans le car. Oh que c'est couillon ! Oh que c'est couillon ! Et dire que je n'ai pas un seul musée du Rhône dans mes relations ! Oh bon sang que c'est crétin !
Vidouze arborait un air radieux. Il avait dormi comme une masse, n'avait rien entendu et avait subséquemment l'impression de tomber dans ses marques, d'avoir la situation bien en main. Comment aurait-on pu lui indiquer qu'il était, selon l'expression, loin à côté de ses pompes ?