© Charles Imbert S.G.D.L N°U5323
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CHAPITRE DIX-HUIT.
Le planning avait réservé à leurs systèmes
Digestifs épuisés par un régime tuant
Une surcharge gastrique terminale sur le thème
D'un elixir retors, un Franc-Pistil méchant.
C'est un car rempli de braillards très gais qui quitta le Donjon
de Garnalvin. Cette fois Le Hortec n'avait rien détruit, Vidouze
n'avait rempli aucun chèque surprise, et tout le monde commentait
le spectacle du garçon étalé au milieu de la table
cassée. L'ambiance était pour une fois presque sereine et
dégagée.
L'expédition approchait de Serre sur Semur, la dernière
étape, l'occasion de boucler le périple autour de Paris. Le
groupe Congé-Congrès revenait ainsi près de Blattigny,
dont le nom apparut même sur un panneau indicateur, à une intersection.
cette courte vision fut cependant relevée par les occupants du fond
du car.
- Eh, La Horte ! Tu te rappelles Le Grand Calvaire de Vannes, à Blattigny
?
- Oh putainn, si je m'en rappelle ! Tu te souviens de la bille du garçon,
quand je lui ai demandé s'il avait des brochettes de verges de porc
?
- Ah, il avait l'air salement incapable de percuter !
- Normalement, si l'assiette est pas assez chaude, tu as même le droit
de cracher sur les chaussures du serveur, le Roi Georges Huit ne manquait
jamais de s'exprimer ainsi après le début de son Parkinson.
C'est très chic, ça montre que tu sais sortir dans le monde...
Evidemment, personne ne pouvait se souvenir de cet épisode qui
n'avait jamais pris place dans cet endroit, mais tout le monde s'esclaffa
comme au souvenir d'une bonne blague du père La Horte.
A propos de Serre sur Semur, le Guide Alternatif Labournard dit à
peu près ceci :
"Serre sur Semur fut fondé par les Pessuaves, tribu vassale
des Parisy. César en parle dans ses Commentaires et ajoute : "C'est
là qu'on y trouve ces petites lavandières des bords de Seine
qui, faisant la joie du préfet Flavius Balbina, déchaînèrent
son appétit au point de lui faire presque perdre la vie" (Traduction
Boucard et Wilburson, Genève, 1948). La tradition des petites lavandières
s'y est perdue, mais les illustres visites guerrières ne cessèrent
pas pour Serre sur Semur. Presque rasée par Attila, elle fut relevée
sous le règne d'Oleg III, fainéant mérovingien, par
la construction d'une première abbaye de style néo-byzantin,
appareillée en en énormes blocs de munchite bleue, pierre
qui ne résiste malheureusement pas aux outrages du temps."
Qu'il nous soit permis d'ouvrir un aparté dans la citation du
Guide Alternatif Labourard pour ajouter à ce qui précède
: "Et pour cause, la munchite bleue étant une pierre très
rare qui déchaîne l'activité prédatrice des collectionneurs
de roches et cailloux." Mais poursuivons l'étude de ces pages
riches de renseignements.
"Au douzième siècle, la ville de Serre sur Semur
atteignit le statut de ville franche, fut assiégée par Gonzales
Hernan de la Fernandez d'Aragon Y Muybuen et construisit la magnifique abbatiale
St Moritz, dotée du fameux clocher-campanile du même nom. Dévastée
par les Anglois pendant la guerre de cent ans, Serre sur Semur ne retrouva
la prospérité qu'au seizième siècle. Connue
pour être une place forte de la ligue, elle refusa d'accueillir les
ambassadeurs Hollandais en route pour Versailles et les lapida à
coup de crottin de cheval sous les vocifération anti-huguenotes de
la populace. Louis XIV, après l'échec de ses négociations,
puis de sa guerre avec les Provinces Unies, décerna à la ville
le droit d'ajouter à ses armes le blason figurant un arrière
de cheval (and an extraordinary latinian motto "asinum meum becotet",
signifying "kiss my ass" ).
Napoléon faillit aussi y passer une nuit en 1822. Alors qu'il
était déjà couché avec Madame Montholon, la
nouvelle qu'Hudson Lowe était signalé à la grille lui
fit relever une partie de son individu et prononcer : "Serre moi le
jonc, je crois que c'est mûr" ; -il est donc clair qu'il aurait
bien voulu y passer la nuit-. Charles X vint chasser l'Agouti à Serre
sur Semur. A cette occasion, les commerçants de la ville lui offrirent
un ragoût de Rat Palmiste pour le consoler d'avoir fait choux blanc
dans la chasse de ce petit rongeur étriqué. Plus récemment,
René Cotty faillit y décéder, au cours d'un empoisonnement
aigu, pour y avoir trop mangé d'andouillettes mal lavées.
C'est sans doute à Serre sur Semur qu'il cita l'adage fameux ; "La
politique c'est comme l'andouillette, ça peut puer un peu... mais
pas trop". Le Général de Gaulle a essayé d'y prononcer
un discours en 1966, mais le chauffeur de la DS s'est trompé de route
et son discours, le Général se l'est provisoirement conservé
avant d'aller le prononcer à Vincennes."
Serre sur Semur n'a pas encore de Centre Commercial Digne de ce Nom,
mais cela ne saurait tarder, puisque le projet en est inscrit aux délibérations
du Conseil Municipal, grâce aux efforts de Jean-Louis Périgourdin,
ancien amant de Madame Montenlarge, épouse du Président de
l'Union de Défense des Petits Commerçants de Serre sur Semur.
Ici vient de prendre place le commentaire du Guide Alternatif Labourard,
commentaire réalisé à voix haute par Biscoudé
pour l'ensemble du car, en relevant surtout cette erreur qui fait survivre
l'Empereur à Sainte Hélène jusqu'en 1822, alors qu'il
y décéda, comme chacun sait, en 1821.
Quant au renseignement apparemment approximatif et diffamatoire, posé
au sujet d'un Centre Commercial Digne de ce Nom, il est rapporté
suite à une conversation tenue avec une dame -renseignée de
première main et au plus haut chef-, au Palmier d'Ibiza, un établissement
visité par Biscoudé lors de son passage à Serre sur
Semur.
Le car arriva dans le faubourg de ladite ville, composé d'une
très longue rue aux façades mornes, reliant la gare au vieux
bourg. Dans cette rue, les voyageurs eûrent le regard attiré
par deux enseignes voisines, rivalisant de néons et appartenant l'une
au Disque Celtique, restaurant de crêpes, et l'autre au Palmier d'Ibiza,
discothèque Ile-de-Française.
- Alors on va se quitter comme ça, on n'aura même pas été
se bidonner en boîte ? demanda Deschinon.
Sa proposition, qui n'aurait intéressé personne deux jours
avant, déclencha une vague d'acclamations. Ce succès tenait
surtout au fait qu'au passage ladite boîte venait d'être repérée,
située, et qu'elle n'avait rien n'intimidant ni d'éloigné
contre elle. En effet, l'auberge des Trois Roues Vertes était située
à deux cent mètres de là, et elle était leur
destination à Serre sur Semur.
- Ca fait du bien de ne pas mettre les pieds dans un Paritel, apprécia
Calbat, collectionneur émérite de savonnettes.
L'auberge des Trois Roues Vertes était un ancien relais de poste,
nettoyé, rénové et aménagé. Au dessus
de la porte cochère se voyait encore une poulie, placée sous
une avancée du toit, et la cour comptait deux boxes à chevaux,
apparemment vides. Ensuite de quoi, les bonnes résolutions de l'invocation
chevaline avaient été abandonnées, car d'une part,
un bout du bâtiment avait été cédé à
une pharmacie, moderne d'aspect ; d'autre part, la salle à manger
de l'auberge était encombrée de boxes aménagés
à partir de matériel ferroviaire de récupération,
ce qui n'était d'ailleurs pas du tout gênant, et aurait même
pu devenir charmant au bout de cinq minutes, si certains détails
disgracieux avaient pu être gommés, comme le juke-box Wurlitzer
haute époque et les deux flippers de collection abandonnés
là sans doute par erreur. L'erreur se continuait d'ailleurs avec
la mise en relief d'une très vieille pompe à essence, désaffectée
bien entendu, mais bombardée d'éclairages alogènes.
Les plafonds bas avaient partout été peints en laque rouge
de chine. Tout effet "cosy" était ainsi banni et éliminé
au profit d'une impossible ambiance écrasante. Pour une fois, c'est
Vidouze qui eut le mot juste en déclarant :
- On se croirait dans les boyaux d'un lapin !
Des trois roues vertes qui avaient laissé leur nom à l'auberge,
nulle trace. Plus tard dans la soirée, comme Vidouze ne les voyait
même pas figurer dans la sérigraphie disposée en haut
de son assiette, il questionna un responsable à ce sujet. Celui-ci
répondit qu'à son avis, il devait s'agir des roues d'un chariot
qui avait donné son nom au bar qui occupait précédemment
l'endroit, au temps de la traction hippomobile. Vidouze avala ce renseignement.
Qu'est-ce que la science, en fait ?
La visite du jour, prévue pour le groupe Congé-Congrès
parvenu à Serre sur Semur, se résumait en une visite de l'Abbaye
du Franc-Pistil.
Le Franc-Pistil, comme chacun sait, est une liqueur dépurative
dont l'amertume laisse loin derrière elle la liqueur de Salers, la
Suze ou toute autre tentative rigolote d'inclure l'amertume en bouteille.
Le Franc-Pistil est simplement l'absolu de l'amer, à vous en faire
sortir la langue à travers les dents. Les bons moines distillent
ce record à partir d'un bouquet d'herbes des prés, où
le coquelicot entre pour une bonne part. Le Franc-Pistil a d'ailleurs une
odeur de coquelicot écrasé, ou de colle, et une splendide
couleur verte, due au colorant chimique que les bons moines y ajoutent.
Le fait que ce produit soit presque complètement imbuvable assure
à la fois son succès d'estime et sa notoriété
nulle, garante de sa rareté et de sa totale confidentialité.
Bien entendu, les bons moines n'en sont plus à consommer des
lentilles, ni à se déplacer à dos d'âne ; c'est
dire que le marketing moderne a néanmoins su s'épanouir, et
que si, à nos latitudes, le Franc-Pistil n'est qu'une curiosité
intéressant juste les collectionneurs de mignonnettes et les examinateurs
du CAP de représentant-caviste en tord-boyaux et spiritueux, ce breuvage
a su développer, outre-frontières, quelques niches d'un bon
rapport en devises et liquidités étrangères. Ainsi,
le groupe apprit-il pendant la visite que l'Amérique Latine était
littéralement inondée de cette liqueur. Au point qu'il paraît
que Buenos Aires ne connaît pas le Fernet Branca et ne débouche
les faiblesses de ses dames qu'à l'aide du Franc Pistil. C'est ce
qui explique en partie son étiquette bleu-blanc-rouge, qui n'est
donc pas ainsi la seule expression d'un choix étrange.
On leur fit visiter de magnifiques installations qui n'avaient pour
seul tort que d'être absolument impeccables, ainsi que le leur fit
remarquer Zuricevic. Poursuivant sa logique, il accusa les moines de distiller
leur fourrage ailleurs, là où les puanteurs d'alambics ne
gênaient pas la populace, et de réserver aux gogos la vision
d'une idéale fabrique plus propre qu'un labo pharmaceutique. Cette
sortie laissa le père qui organisait la visite dans une stupeur ahurie.
- Est-ce que vous m'accuseriez de mensonge ? introduisit-il, pantois.
- C'est pas moi qui ait inventé que le lapin allait s'appeler carpe
! Mais non, il est possible, ou probable, que pour économiser l'astiquage
et l'ammoniaque dans le récurage de tous vos tubes, vous fassiez
une petite distillation tous les six mois, concéda Zuricevic, mais
ne nous gonflez pas le boudin en nous racontant que ça se passe ici.
Tout ici est pour le touriste, ça se voit bien, alors ne nous prenez
pas pour des truffes...
Il fallu pratiquer une interruption dans le cours de la visite pour
déminer et interprêter l'expression "Gonfler le boudin",
qui risquait à elle seule de compromettre toute la suite de leur
présence dans l'abbaye. Amende honorable faite, Zuricevic tint sa
lange et s'absorba dans une contemplation quasi religieuse des tuyaux censés
transporter des hectolitres de liqueur.
Effectivement, il fut impossible de contempler l'opération cruciale
- s'il est possible de poser ce dernier mot dans un tel contexte - de l'embouteillage.
Le groupe termina sa visite dans un entrepôt voûté, en
face de piles de cartons prêts à partir pour les quatre coins
du monde.
- Vous voici maintenant dans le hall d'embarquement, pérorait le
moine. Ces quais ont été prévus pour l'accostage simultané
de quatre semi-remorques. Cette capacité de chargement est certes
actuellement sur-dimensionnée, mais prévoir, c'est anticiper,
comme disait Saint Thomas d'Aquin.
Il pratiqua une pause pour fermer brièvement les yeux, levés
au ciel comme pour remercier le Tout Puissant d'un miracle prochain, et
poursuivit :
- Nous terminerons la visite par un arrêt à notre stand de
dégustation, où vous pourrez savourer le Franc-Pistil seul,
ou en cocktail, moitié liqueur de cassis, ou moitié chartreuse.
Nous vous conseillons également le mélange avec le Kaluah,
voire l'exotisme avec le Pisco ou le Pisang...
- Quel mélange nous recommandez vous, mon père ? fayota Vidouze.
- Je préfère une toute petite goutte dans un grand verre de
champagne, répondit le père avec un air détaché
qui cachait mal une pointe de gourmandise.
Quelqu'un, chez Symphorep, avait du mélanger les fiches de Vidouze.
Il était impossible qu'un service planning sachant ce qu'il devait
commettre ait placé le même jour la visite du Donjon de Garnalvin
avec la visite du Franc-Pistil. Mais à la réflexion, il était
également impossible de prévoir que l'on puisse planifier
un groupe comportant Le Hortec et consorts.
La halte au stand de dégustation leur prit évidemment
trois quarts d'heure, chacun voulant tester et goûter toutes les variétés,
comprenant le Franc-Pistil vieux ou le Franc-Pistil aux écorces de
citrons et cédrats. Deux ou trois testeurs furent directement mis
à mal par l'arôme puissamment végétal de la liqueur,
tombant sur leur estomac mal remis du coq au vin. Ils devinrent intensément
verts, proches de la couleur du Franc-Pistil, et ne quittèrent pas
l'abbaye sans avoir fréquenté les toilettes publiques des
bons moines. Ces lieux étaient d'ailleurs, comme le quai d'embarquement,
prévus pour un usage intensif, et rivalisaient avec les thermes de
Néron, du temps de la splendeur de ceux-ci, pour l'utilisation du
marbre et le ruissellement lustral.
Quant à lui, Le Hortec ressortit de là frais comme une
rose et se déclara prêt à aller dîner au Disque
Celtique.
- Reste avec nous, La Horte, insista Biscoudé. On a plus tellement
de soirées à passer ensemble. C'est même l'avant dernière
!
- Pas question. Je ferai un effort demain, mais ce soir je vais aller tester
leurs spécialités d'ici. Un jour je vais faire un Guide de
tous ces restaus dits bretons, alors il faut que je continue de devenir
un expert.
Vidouze, absolument pas consulté, émettait pour sa part
des signes de la main signifiant en quelque sorte ; "Laissez tomber,
s'il veut y aller, il y aura ça de moins à surveiller".
Le retour à l'auberge des Trois Roues Vertes s'opéra en
file indienne. Les vaillants ouvraient la marche, escortés par Vidouze,
puis venaient les valétudinaires des thermes du Franc-Pistil, suivis
par quelques sujets atteints de pituite et de gastrite aiguë, flanc-gardés
par les deux derniers sujets valides, qui les aidaient à se remettre
constamment en route. Les malades s'arrêtèrent bien volontiers
à la pharmacie qui faisait le coin de l'hôtel pour se munir
de cachets effervescents aux sels de Bourget et autres spécialités
salycilées ou au paracétamol, puis ils montèrent tout
de suite dans leur chambre pour y mourir ou y ressusciter, selon leur destin
du jour.
Le Hortec, intact, enfila son blouson bordeaux en croûte de cheval
et démarra d'un bon pas vers le Disque Celtique. Dès qu'il
eut passé la porte, Vidouze, soupirant d'aise, se mit le nez sur
le menu, punaisé sur un panneau de liège.
Par une ironie du sort assez extraordinaire, le plat principal du soir
consistait en un coq au vin, flanqué en dessert de génoise
au marasquin. Vidouze s'envola comme une flèche demander à
un quelconque responsable s'il pensait qu'un coq au vin constituait un plat
adapté à un dîner. On lui répondit qu'il ne s'agissait
pas d'un coq au vin mais d'un coq au porto, et que le porto, très
très réduit et très très cuit, n'est-ce pas,
était ensuite adouci par de la crème véritable. Cette
promesse faite pour détruire ce qui lui restait de poche stomacale
ne fit pas revenir le sourire sur les joues de Gilbert Vidamme. Il demanda
et obtint de se faire servir un plat de remplacement, en l'occurrence le
menu pour enfants, composé d'un hamburger sur chips passées
au four, plus une noix de ketchup sucré.
Les membres du groupe se regroupèrent ce soir là par affinité,
c'est à dire qu'ils abandonnèrent Vidouze et ses chips à
un bout de la table et se réunirent à l'autre bout de celle-ci,
chauffeur compris. Vidouze enregistra le phénomène et leur
décocha un sourire maître et entendu.£
La compagnie voulut d'ailleurs organiser un tarot entre ses membres,
mais il s'avéra que c'était Le Hortec qui détenait
le paquet de cartes. Personne ne se sentant d'aller fouiller dans ses affaires,
sa clé étant cependant au tableau, ils se décidèrent
très vite pour le seul succédané qui leur restait,
fourni par l'auberge ; une partie de simple jeu de l'oie, qu'ils compliquèrent
par un système de points, d'enchères et de pot constamment
alimenté.
Les laissant s'arnaquer mutuellement pour leur plus grande satisfaction,
le personnel accompagnateur Symphorep monta faire retraite dans sa chambre.
Arrivé sur le premier pallier, Vidouze se frappa violemment le
front avec la paume de sa main.
- Ils vont en boîte, se souvint-il en gémissant.
En l'occurrence, son intonation pleurarde était bien de trop,
puisqu'il était déjà débarrassé de son
principal sujet d'inquiétude. Il ne se gêna d'ailleurs pas
pour redescendre demander au chauffeur d'aller en discothèque à
sa place, pour jouer au surveillant. Simplement, sa tranquillité
d'esprit ne revenait pas, ne pouvait pas revenir se loger le long de sa
moelle épinière. Il restait là, tremblant, anxieux,
à demander au chauffeur :
- Vous êtes sûr que ça va aller ? Vous saurez faire face
? Et s'il y a des dégâts ?
Evidemment, le chauffeur perçut dans cette hésitation
sa chance d'échapper à la corvée de responsabilité.
Il resta très évasif sur sa capacité à maîtriser
les événements.
- Vous ne m'avez pas l'air dégourdi, ce soir, osa proférer
Vidouze. De toutes façons, je crois que le mieux sera que je vous
accompagne.
Ce qui ne tournait pas à l'avantage du chauffeur, qui avait escompté
une exemption pure et simple.
- Mais c'est une soirée privée, tenta t-il de plaider.
- Taratata ! Si un accident survient, vous verrez que ce ne sera plus une
soirée privée !
La partie de jeu de l'oie se termina dans les braillements, gesticulations
et disputes en usage dans le groupe pour sanctionner un désaccord,
portant cette fois sur la manière de lancer les dés. C'était
un spectacle digne d'une cour de récréation. Enfin, les joueurs
se décidèrent à passer à la suite du programme.
Il y eut encore un contretemps, car deux lascars qui étaient
monté dans leurs chambres respectives ne redescendirent pas. Après
vérification, il s'avéra qu'ils étaient tombés
endormis, l'un tout habillé sur son lit, l'autre assis sur la cuvette
de ses WC. On les laissa poursuivre leur nuit et le restant de l'équipe
quitta l'hôtel dans un ordre approximatif.