© Charles Imbert S.G.D.L N°U5323
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tandis que défile le compteur téléphonique,
je vous conseille de faire un save et de lire hors connexion.

Normalement, je finirai l'installation de ce roman dans le mois de novembre 98.
Merci de patienter et/ou de me prodiguer vos encouragements, un carburant apprécié, si, si.
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CHAPITRE DIX-NEUF.


L'histoire de chasse, certains la connaissaient déjà,
Car elle résida, pour faire connaître Le Hortec,
Sur Cavok, longtemps avant Circum que voilà,
Mais vous avez la suite... Ah, tout est donc impec' !


°En remontant la rue, il y avait trois cent mètres à couvrir. Le temps s'était remis sur un pied maussade et leur envoyait la plus fine bruine crachoteuse qu'il ait pu dénicher dans son stock. La rue, sinistre avec ses tristes petites façades étroites et terreuses, brillait des quelques vagues reflets produits par un éclairage municipal chafouin et espacé.
- Et La Horte ? demanda une voix anonyme dans le groupe en marche.
- Il est devant, eh Grande Banane ! Tu as bu ou quoi ? répondit une autre voix, tout aussi inidentifiable.
- Ah, il est devant ? Sacrée La Horte, il a toujours les bons plans...
°Leur avant garde, passant devant la crêperie, frappa à la vitrine du Disque Celtique et, sans attendre, entra dans l'établissement.
- N'entrez pas tous, se sentit obligé de spécifier Vidouze. Restez courtois !
°Cet avertissement venait trop tard. Une demi-douzaine de membres de la fine équipe s'était déjà engouffrée dans le restaurant.
°Vidouze entra également pour les faire ressortir et s'excuser auprès de la direction. Il réapparut presque aussitôt et avertit le reste de l'assemblée, massée auprès de la porte :
- Ils vont consommer. Ils vont prendre des liqueurs. Ils nous préviennent que ça risque de durer. Ceux qui veulent entrer dans le night-club peuvent y aller.
- Qu'est-ce qui nous garantit qu'ils vont nous y rejoindre ? émit une voie perdue dans la nuit.
°L'ineptie de cette remarque ne fit même pas sourciller Vidouze.
- Si vous n'avez pas envie d'aller danser, n'y allez pas, se força t'il à spécifier.
°Deux individus entrèrent encore dans le restaurant pour consommer eux aussi des alcools, qui, à leur avis, risquaient d'être moins chers qu'en boîte. Les autres se dirigèrent vers l'entrée du Palmier d'Ibiza, la mine basse, comme contrariés d'avoir à s'amuser sans amuseurs.
°Vidouze adressa un signe au chauffeur. Celui-ci devait surveiller ce qui se passerait dans les entrailles du Disque Celtique tandis que lui irait accompagner l'autre détachement dans le night-club, où il pourrait essayer de somnoler sur une banquette, en dépit de la sono.
°A l'intérieur du Disque Celtique, il ne restait plus que Le Hortec et son équipe, les convives locaux ayant déjà déserté l'établissement, l'heure tardive aidant.
°L'avignonnais siégeait, installé à califourchon sur une chaise devant une table incomplètement débarrassée, le reste des nouveaux consommateurs s'étant installé le long de la file de tables restées libres.

 

°L'éternelle scène de beuverie qui semblait doubler ce voyage en contrepoint réintroduisait son motif sur l'avant-scène de la réalité. Au vu de l'ébriété des convives, on aurait pu parier être encore au Donjon de Garnalvin, tandis que le décor replaçait, lui, la constante "bretonnante" d'une soirée d'étape en compagnie de Le Hortec. Seul le défilé rythmiquement animé des consommations d'alcool blanc ou ambré rappelait l'actualité absolue du moment, l'existence d'un présent préludant à la narcose.
°Les buveurs absorbaient les liqueurs, cognacs et autres marcs comme s'ils avaient voulu se plonger dans le brouillard pour une autre semaine. Leurs propos décousus, à base de commentaires idiots et singuliers roulaient pléonastiquement sur les mêmes sujets éventrés et défoncés depuis une semaine. Cette fois, le thème en était la chasse, après un blanc de conversation qui le laissa libre de prendre et confisquer la parole, Le Hortec se mit à raconter comment il avait lâché un coup de fusil sur le chien de Lestrade, son beau-frère.
- C'était un vrai malade, ce chien. Une fois, Lestrade l'a laissé enfermé dans sa voiture, le temps d'aller dire bonjour au bistrot. Voilà t'y pas que le cabot commence à s'énerver et à déchiqueter les banquettes ? Quand Lestrade est revenu, il ne restait que le squelette en fer des sièges, avec un peu de bourre et des morceaux de tissus encore accrochés dessus, pour rappeler ce que ça avait été...
- Oh misère ! Moi je lui aurais réglé son compte tout de suite ! Tu dis qu'il a encore survécu après cette affaire ?
- La même chose est arrivée à mon beau-père, mais c'était des sièges en cuir. C'est probablement la couleur qui a donné des idées au chien...
- Oui, eh bien, d'idées, ce chien-là dont je parle, il en avait pas, des idées, continua Le Hortec. Il avait pas de flair non plus, il entendait rien du tout non plus, et des fois on aurait pu se demander si il voyait bien où il était, à se mettre dans tes pattes...
- Ah, oui, c'était un chien malade...
- Malade ? Pas du tout, en pleine forme. Il aurait bouffé un éléphant pour son dîner. Lestrade lui donnait du... truc, la marque, avec du complément de truc... Eh bien y'en avait jamais assez, du complément de truc. C'est une bénédiction qu'il en ait été finalement débarrassé, je le proclame.
- Justement, tu allais nous raconter comment tu as procédé...
- Oh, mais ça a été des histoires, des chichis... Ma sur l'a regretté, ce chien. Alors ils l'ont fait empailler, mais il en manquait un grand morceau à l'endroit du coup de fusil, alors le taximerdiste a récupéré des faux poils fabriqués avec de la garniture en laine de verre pour mettre sous les toits -vous voyez de quoi je parle-, et c'est presque la bonne couleur. Vous pourriez le voir, il est en posture assise, c'est définitif, comme le chien de "pâté-macaroni", des disques, n'est-ce pas ? -mais Lestrade avait pas de phono pour le mettre à côté, alors il l'a posé assis sur une baffle de la Hi-fi, presque au plafond. La première fois que tu le vois, ça fait une impression buf, parce que tu sais pas que le chien est faux, et tu te demandes pourquoi cette cinglée de bête est montée se percher sur ce meuble et quand il va te sauter dessus, c'est étonnant...
- Donc, tu l'as rectifié d'un seul coup...
- Pas tout à fait, mais bon sang, je l'ai pas manqué. On était à la chasse au canard. Moi j'aime bien le canard, mais plus ils sont sauvages plus ils sont menus et musclés, alors il faut en exécuter beaucoup pour en avoir dans ton assiette...
- La chasse au canard ? Il devait avoir une drôle de tête, ton chien, pour qu'on le confonde avec un canard.
- C'était pas mon chien. J'avais dit à Lestrade de pas l'emmener, qu'il risquait de prendre froid ou même de se noyer, mais lui il soutenait qu'il était temps de lui apprendre à ramener, et que, comme ça, le chien lui ramènerait les pantoufles, le journal et les bouteilles de lait. En fait, c'est nous qui l'avons ramené... dans un sac poubelle, pour pas mettre des organes partout, les sièges étaient refaits, n'est-ce pas ?
- Et tu l'as préparé avec une sonnerie de cor de chasse, au moins ? C'est un langage que les animaux comprennent, tellement c'est sinistre.
- Plus sinistre que le cor, il y a le saxophone. Oh punaise, vous connaissez pas le saxophone. J'ai un disque de Miles Davis...
- Miles Davis, c'est le vibraphone, eh nul. C'est Sydney Bechet, qui fait le saxophone...
- Bon sang, le chien, au premier coup de pétard, le voilà qui se taille à l'horizon, tellement il avait la frousse, poursuivit Le Hortec, imperturbable et ne s'arrêtant pas aux digressions de son auditoire. Je dis à Lestrade "tu l'as perdu", et lui il siffle son chien, il l'appelle, pas de chien. Bon, on essaye de faire leur fête aux canards, et puis vient l'heure de casser la croûte. Je déballe mon sandwich au fromage de brebis, voilà que le claquos était pourri. Y'avait tellement d'ammoniaque là-dedans qu'on aurait pu nettoyer la moquette avec.
- Ah ouais, je le connais, ce produit, c'est répugnant.
- Alors je prends les sandwiches et ni une ni deux, hop, dans un fourré. C'est écologique, le fromage, et puis il faut penser aux fourmis, même dans du papier d'alu, elles en font leur beurre.
- Ouais, mais le claquos pourri, c'est pas écologique...
- Non, c'est prophylactique ? Tu peux aller le récupérer en Camargue, si ça te tourmente. Bon, c'est pas ça le problème... Tout à coup, je vois le fourré au sandwich qui frémit. Y'avait une bête qui essayait de se le becqueter le message écologique. Alors moi...
- Alors ouais, t'as lâché la purée...
- J'ai rien lâché du tout. Un peu d'attention et cessez de m'interrompre, ou c'est moi qui cesse. C'est pas une histoire drôle, c'est la mort du chien de Lestrade, ce corniaud... de cabot. Ca y est ? Donc, moi, je me tiens prêt, mais quand je vois pas ce que c'est, je tire pas. Je ferais même des sommations pour voir si ça répond. Mais là j'ai vu de la fourrure, j'ai fait ni une ni deux, il poussait des grognements, quasi lubriques, à cause du papier d'alu et du sac en plastique qui enveloppaient la bonne odeur et faisaient obstacle à sa dernière volonté...
- On n'y est pas encore, les gars. La Horte va nous dire que le premier coup, il a allumé une péniche ou un dauphin. Pour le chien, repassez demain...
- Oh pétard, moi j'arrête ! Surtout que j'arrive au passage le plus dur ! Le plus triste ! Ce crétin de clebs a trépassé sur le coup, mais il y avait des boyaux sur un mètre de large. C'est que le canard, c'est vachement résistant, ça vole, ça vole, alors une canardière, t'y mets pas du petit plomb...
- Allez, reviens-y, ne nous fais pas languir, La Horte.
- Très bien, donc... Patatras !... Je l'ai éclaté, il a crevé de surprise sur le coup...
- Dis donc, c'est ton beauf, qui devait être content ?
- Oh, lui il restait là, l'abruti, et il disait : "Bon sang, Nestor..." Nestor, c'était le nom du cabot, ce corniaud, n'est-ce pas ?
- Corniaud, c'était sa race ?
- Penses-tu ! C'était un pur Griffon croisé Prince de Galles avec Pedigree ! Ils donnent des Pedigree à n'importe quoi.
°Et Le Hortec secouait la tête, comme navré à ce souvenir, bien qu'il fut clair qu'il n'accordait aucune importance spéciale au décès du chien de Lestrade. Simplement, il se souvenait que, par convenance, on déplore ce genre de disparition tragique, comme la perte d'un véritable membre de la famille, et un reste d'hypocrisie sociale se greffait sur le comportement erratique du poivrot cramponné au bord de la table, pour l'obliger à publiquement faire amende honorable de ce coup de fusil malheureux qui venait cependant de lui fournir l'occasion de captiver toutes les attentions pendant cinq minutes.


°Ils conservaient cependant un vernis de dignité et n'avaient pas encore commencé à se déboutonner, encore assez présentables pour passer la barrière de l'entrée du night. Cette appréciation dut aussi les effleurer, car au bout d'une demi-heure, ayant épuisé le sujet de la vaporisation du chien, ils décidèrent de lever la séance pour se replier au Palmier d'Ibiza. La capacité conservée d'une telle résolution révélait la possibilité d'autres trésors d'énergie encore potentiels.
°L'air frais et humide leur donna le petit ressort suffisant pour se tenir droit et faire bonne figure à l'entrée du night-club. Cependant, dès qu'ils furent dans les entrailles de l'endroit, l'atmosphère lourde, composée de tous les relents transpirant des moquettes murales, les replaça dans l'état asphyxié qui sied à tout bon buveur. Ils décidèrent qu'ils avaient soif.
°Le pécule gagné au tarot fut entamé par la commande d'une première bouteille de champagne. Les responsables du Palmier d'Ibiza, prévoyant de leur en vendre d'autres, ne protestèrent aucunement lors du premier concours de danse du ventre organisé par Le Hortec et Biscoudé sur une piste secondaire, concours pendant lequel ils se mirent torse nu pour mieux faire admirer les contorsions de leurs bedaines, dont une très rousse.
°Biscoudé resta ensuite à moitié nu, mais Le Hortec revêtit un voile pour aller draguer deux grenouilles solitaires qui se révélèrent être les femmes d'un notaire et d'un courtier d'assurance. Ces bourgeois étaient venus s'encanailler en couple, mais les maris s'étaient provisoirement éloignés vers le bar.
°Lorsque les conjoints eurent été présentés à l'Avignonnais, celui-ci fit fuir ce premier quatuor en leur proposant une partouze avec insistance. Comme il les voyait se renfrogner et se disposer pour l'éloignement, il observa qu'évidemment, il amenait peu de femmes de son côté, mais qu'il pouvait en contrepartie fournir l'assistance bénévole de Biscoudé pour l'exclusivité de ces messieurs.
°Il faut spécifier que cette dernière prétention semblait être une pure gratuité de la part de Le Hortec, rien, par ailleurs, n'ayant jamais permis de soupçonner le caractère orthodoxe et hétérosexuel des murs de Biscoudé.
°A ce moment, celui-ci était fort occupé à se rafraîchir avec une bière, non par ingestion directe, par par petites projections et éclaboussures sur son torse dénudé. Cette scène d'orgie faisait rigoler pas mal de monde, car Biscoudé opérait cela en dansant, sous les spots de la piste.
°Puis, lors du passage d'un titre Caraïbe, Le Hortec eut l'idée d'un concours de danse Zouloue. Pour danser Zoulou, il fallait impérativement quitter chaussures et chaussettes, puis lever la jambe le plus haut possible en rythme, montrant son pied à la figure d'un partenaire.
°La danse Zouloue bâtit son plein pendant cinq minutes sur la piste principale. Puis, suite à un coup de pied dans le nez et deux déchirements d'entrejambes de pantalons, la danse se calma. On soigna le nez de Calbat, et Deschinon commanda une autre bouteille de champagne. Alors vint une nouvelle affaire, la récupération des godasses, tout le monde s'étant déchaussé dans la frénésie qui venait de passer. Certains ne retrouvèrent jamais une bottine, parce qu'elle avait été enfilée par un autre encore plus saoul qu'eux, et il resta sur la piste cinq chaussures gauches et une droite, plus un grand nombre de chaussettes diverses. Après cette pagaille, certains décidèrent de rester pied nus et de cacher leurs chaussures nouvellement récupérées. Evidemment, ils avaient déjà tellement bu qu'ils ne se rappelèrent plus ensuite dans quel coin ils avaient bien pu les fourrer.
°Ensuite vinrent quelques vomissements discrets. Les malades, dans leur box au fond, près de la banquette de Vidouze, donc dans le réduit le moins éclairé, tirèrent les coussins des banquettes pour y déposer du distillat de poivrot, puis ils remirent les coussins en place pour masquer leur forfait. Sans les blagues échangées le lendemain au fond du car, Vidouze n'en aurait jamais rien su.
°Le Hortec était déchaîné et abordait toutes les femmes pour leur proposer d'aller faire en sa compagnie des choses abominables dans les toilettes. Par chance, ils étaient dans une discothèque de centre-ville et le niveau du caractère des danseurs était assez rassis et même emprunté, car le même comportement étalé dans une boîte de campagne lui aurait valu de se faire ouvrir le crâne sans tarder par quelque mâle en fureur.
°Ses tentatives faisaient hurler de rire une petite blonde, assise au bout du bar. Entre deux vestes, Le Hortec revint la voir et lui demanda sa culotte, puisqu'elle se refusait à toute gâterie plus substantielle. La petite blonde se remit à rigoler, continua de rire, puis lui donna un bas filé, avec beaucoup de façons et de simagrées charmantes, avant d'abruptement quitter les lieux. Toute la journée du lendemain, Le Hortec se balada avec ce bas en écharpe autour du cou.
°La fête battait maintenant son plein. Le disk-jockey, ayant repéré l'excitation diffuse, passait des enchaînements et des scies archi-connues pour soutenir le délire. Les membres du congé-congrès Symphorep décidèrent de se dévêtir pour danser comme Biscoudé qui, en caleçon et une bouteille de champagne à la main, occupait quatre mètres carrés de la piste principale, secoué de gesticulations sauvages.
°Un Orang-outang ventru se jeta au milieu d'eux. C'était Le Hortec, presque nu lui aussi, agité de soubresauts. Il s'empara de la bouteille de Kraigut, y but puis s'en servit pour figurer un priapisme énorme et menaçant pour les rares femmes encore attardées sur la piste de danse. La direction du palmier d'Ibiza continuait de laisser faire, mais quelques videurs devaient déjà être en alerte.
°A un moment, Vidouze réapparut. Il était réveillé et pas content du tout : quelqu'un lui avait vomi dans le dos pendant son sommeil sur une banquette du fond, il ne sentait pas bon.
°Ce fantôme puant jeta un froid et sonna presque le signal de la débandade par sa seule apparition.
°Soudain, une dizaine de membres du groupe, qui, essoufflés, s'étaient assis, n'eurent plus envie de s'amuser. Ils rajustèrent leur chemise et fouillèrent sous les banquettes pour récupérer leur pantalon enroulé autour de leurs indispensables chaussures. En un rien de temps, ils furent prêts à aller se coucher.
°Vidouze demanda au chauffeur de les accompagner à l'hôtel, car il craignait de prendre froid avec son dos mouillé et voulait attendre de sécher encore un peu avant de sortir. C'est ainsi qu'il fut abandonné seul avec les éléments les plus déchaînés de la bande.
°Le retour aux trois roues vertes fut un peu pénible, à cause des jérémiades de ces poivrots. Trois d'entre eux marchaient pieds nus, l'un avait perdu son pantalon, un autre sa chemise. En criant, ils se reprochaient de s'être dépouillés mutuellement de ces articles de première nécessité. Ces hurlements provoquèrent l'allumage de l'électricité derrière deux ou trois fenêtres de la Grand Rue, mais ils arrivèrent à l'Auberge sans davantage d'incidents.
°Par contre, le retour de Vidouze fut beaucoup plus épique. Les mugissements étaient infiniment plus fournis, Biscoudé et Le Hortec ayant décidé de jouer une répétition de leurs prochains adieux. En outre, dans la rue, avec une boite de conserve vide abandonnée là par les éboueurs, ils engagèrent une partie de football, assortie de hurlements pour chaque but ou tentative de but. Un tir loupé endommagea la portière d'une voiture en stationnement, ce dont personne ne se vanta avant d'être en sécurité dans le car, le lendemain et loin de Serre sur Semur. Enfin, Vidouze obligé de courir après ses poivrots égayés sur toute la longueur de la voie s'attrapa une suée qui, jointe au coulis humide du cataplasme entre ses omoplates, lui délivra les prémices d'une rhinite carabinée, assortie d'une fièvre de cheval, maux qui ne se révélèrent pleinement que le surlendemain, une fois le voyage terminé, au moment de la première tentative de rédaction de son rapport.
°Ce n'était pas encore fini, car un trio d'irréductibles se souvint, arrivé à l'Auberge des Trois Roues Vertes, d'avoir vu un juke-box et deux flippers dans la grande salle du bas. Il fut tout de suite question d'aller les essayer, malgré les gémissements pitoyables et les grincements excédés de Vidouze. Réveillé par un rock endiablé s'échappant des entrailles du Wurlitzer, le gardien de nuit tout ensommeillé vint interrompre une partie de flipper démoniaque. Le Hortec avait ouvert les machines pour vérifier le vide du monnayeur, puis ayant débranché le "tilt", deux acolytes tenaient la bête tandis que le troisième jouait sur un flipper dompté et au plateau presque horizontal. C'était, de leur propre aveu, une tentative pour battre les records du score et voir jusqu'où les compteurs pouvaient tourner.
°Le reste de cette avant-dernière nuit se perd dans les souvenirs embrumés d'une insomnie générale, une chasse d'eau ne cessant pas de fonctionner, les portes n'arrêtant pas de claquer, et les lattes du parquet du couloir de gémir, sous le défilé qui allait alimenter le conciliabule des malades formant une foule amassée devant la porte des uniques toilettes du premier étage. Ils vomirent tripes et boyaux en y passant tous, les plus vaillants rescapés de la soirée venant enfin à résipiscence, et certains produisant là leur troisième rechute. Vers cinq heures du matin, les toilettes furent bouchées et commencèrent à déborder, aussi les derniers d'entre eux rentrèrent-ils dans leurs chambres pour finir de se vider dans leurs lavabos ou leurs bacs à douche.