Coups du sort
© Charles Imbert 2001
Nouvelle de +/- 17700 signes
Charles Imbert 2001 (© S.G.D.L. 2001.01.0269 "Faits
et dits de Le Hortec")
Ce texte est donc copyrighté, aucune reproduction autorisée
sans ma permission.
-une seule copie sur votre disque dur- .
Vous n'arriverez jamais à la lire ici à
tête reposée
tandis que défile le compteur téléphonique,
rappelez-vous que le compteur tourne
(à moins que vous n'ayez l'ADSL ou le câble ou ne
viviez dans un de ces pays de cocagne
qui mettent l'Internet à un prix réellement abordable)
et mieux vaudra lire ce qui suit
hors connexion ou après avoir fait
"Save as",
dans le menu fichier de votre Fureteur (terme Qbcois).
A propos, je précise que cette histoire sort
entièrement de mon imagination,
qu'il ne s'agit aucunement de l'illustration d'un voyage ou de
connaissances
ou la référence à une situation rélle
ayant existé, etc. ou quoi ou plusse,
Et puis si vous voulez des précisions, grogner, invectiver,
etc.
il vous reste le Mailto (le stylo en gif animé, le vites-vous
?).
C'est la fois ou la Mercedes hors d'âge de Lestrade
passa par Gorges-du Vaucluse, transportant Le Hortec et Simoni,
le niçois.
Lestrade rappela que selon les bons avis, ce Casino n'était
qu'une "Blanchisserie pour ferrailleurs", mais, n'importe
comment, les occupants de la voiture concevaient bien qu'habillés
comme ils l'étaient à ce moment là, de retour
de la côte et des calanques, ils ne pouvaient tout de même
pas y entrer.
C'était très beau, sur le bord d'une petite
rivière, au bas d'un escarpement, un peu romantique à
l'ancienne dans la déco. Les occupants de la voiture étaient
excités et il se promirent d'y revenir le vendredi suivant.
Ils eurent ainsi toute la semaine pour collecter des cravates
et des vestes présentables.
Le plus magnifique, finalement, c'était bien Le Hortec,
comme de juste, qui avait déniché une veste "Prince
de Galles" (selon son porteur) criant d'un écossais
assez jaune, et une cravate écossaise également,
mais rouge, si l'écossais inclut les grands damiers noirs
et écarlates assortis d'un semis de pois jaunes décalés:
à trois mètres il jetait un peu comme un feu de
la circulation. Ils avaient également chaussé ces
bottes nommées santiags et rabattu des pantalons propres
sur les tiges de celles-ci, histoire de présenter la finesse
du cuir normal dans ce qui approchait le plus une chaussure. Puis
en fignolant, ils s'étaient même procuré des
boutons de manchette pour pouvoir au moins se servir de leurs
doigts, les seules chemises blanches à leur disposition
baillant à leur col de quatre ou cinq tailles supplémentaires,
39 francs en soldes au Centre Commercial, surplus sans suite,
une affaire.
Il se sentaient bien ultra guindés mais ils voulaient
entrer dans ce satané casino. Leurs cheveux furent coiffés
en arrière, collés avec du gel pour leur dégager
la figure, jouant vraiment un concours de parano pour ressembler
à quelque photo Harcourt entrevue chez un coiffeur à
Marseille, ou une autre figure légendaire de la sophistication.
Donc ils arrivèrent au Casino, et là c'était
un spectacle terrible pour leurs yeux assoiffés de super-classe.
Ca faisait assez hangar cousu d'or, et quand ils virent passer
un employé en frac qui montait au second avec du Champagne,
ils s'entre-regardèrent, persuadés qu'ils n'étaient
plus très loin du paradis. Par terre c'était cossu
épais et les lustres éclairaient fantastiques, superbes,
grandioses et splendides, ce n'est pas dedans qu'on aurait compté
des ampoules grillées, tout ça faisait Grand Hôtel
comme une copie du Palais de Versailles dans les films de Romy
Schneider jeune. Ils dédaignèrent les alignements
de machines à sous pour aller contempler les jeux, et là
il y avait beaucoup de lumière tamisée dessus et
l'ambiance était vraiment impeccable.
Le Hortec essaya la Martingale de d'Alembert à la Boule
: la seule chance de gagner sur une série courte, parce
que sur la longue vous vous faites ratiboiser, à cause
de la loi des grands nombres et du numéro de la Banque
qui fausse tout, ainsi qu'il l'expliqua aux autres, et que s'ils
étaient un peu plus allé aux cours de math, au lieu
d'aller se faire sucer les lèvres par des lycéennes
avides de bécots et peu regardantes sur l'acnée,
ils auraient risqué de comprendre, ce en quoi il se fourrait
le doigt dans l'oeil, car en math, on n'apprend plus ces choses
vieillotes et aussi désuettes que l'algèbre et la
géométrie.
Donc Le Hortec joua sur le rouge, se fit dépouiller,
re-misa le double sur le rouge, gagna, et donc il avait regagné
sa première mise. Il re-misa, reperdit et regagna, re-misa,
reperdit et regagna. On en était toujours à zéro,
avec ce système. Après il y eut une série
de trois noirs et, lessivé, il fut obligé d' emprunter
à Lestrade pour compléter sa mise du quatrième
coup, qui était donc seize fois sa mise initiale. Le temps
qu'il collecte auprès des deux autres, le coup fut joué,
et le rouge sortit effectivement. Accablé par ce coup du
sort, Le Hortec décida d'en rester là, sans continuer
à miser. Il s'était débrouillé comme
un manche, et il avait perdu huit jetons nacrés.
Autrement dit, ils en eurent vite assez du Casino. Il n'y
a que Lestrade qui proclamait qu'il avait compris le système,
que les autres étaient pires qu'à cinq ans, avec
des couches, et que lui reviendrait. Ils le firent sortir du bâtiment
en le calmant et en lui assurant qu'il aurait pas besoin de revenir
parce qu'il allait gagner au Loto, car son délire était
si fort que ça sentait à plein nez l'irruption d'un
filon de chance qu'il ne faudrait pas gaspiller, mais pas ce soir
qui était poissard et démontré comme tel.
Sortant de là, ils se dirent qu'ils iraient en boîte
finir la soirée. Il y a toujours une boîte proche
d'un Casino, mais là ils ne la trouvèrent pas, ou
alors il y avait des travaux. Ils remontèrent dans la Mercedes,
pour aller perdre en sortant de Gorges-du-Vaucluse, en prenant
une route de cambrousse en se disant qu'ils allaient trouver une
artère, pour finalement trouver "La Grange",
qui est une discothèque pour les pécores de ce coin-là.
Leur argent était, somme toute, resté sur la
table de la Boule, et ils eurent le plus grand mal à réunir
assez de numéraire pour pouvoir seulement dépasser
le vestiaire. Une fois passé cet obstacle facultatif, ils
faillirent brancher des filles de cultivateurs, châtain
frisées à la peau grasse. C'est à dire qu'elle
leur prêtèrent d'abord une certaine attention, pour
reprendre ensuite celle-ci sans préavis, lorsqu'elles eurent
réalisés que les nouveaux venus n'avaient pas le
génie artistique intrinsèque que leurs habits de
clounes pouvaient laisser supposer. Le Hortec, après tout
ce temps, n'est pas demeuré de cet avis, et il prétend
qu'elles en eurent simplement marre lorsqu'elles virent que les
véritables bouseux étaient déjà partis
et qu'ils ne pouvaient les venger de l'outrecuidance des nouveaux
arrivés en se mettant à quinze pour leur coller
une trempe.
Effectivement, pendant ce temps là les mâles
étaient occupés à se disputer sévèrement
sur le parking. Il y en eut même un d'ouvert avec un tesson
de canette en verre. Cela tomba sous le sens, parce qu'à
la sortie de Le Hortec et consorts, il y avait encore le Samu
attardé là, et même un journaleu du torchon
local qui voulut faire une photo de eux autres étrangers,
mais il en fut découragé, pas autant qu'il l'aurait
pu l'être pour sa malhonnêteté, d'ailleurs.
Il est possible que, dans les nouvelles du coin, ils aient échappé
à un article fantastique sur une bataille rangée
qui aurait opposé des allogènes à des zonards
-avec la tête du trio avignonnais en gros plan- et fait
des victimes chez les braves cultivateux'.
Pour finir, le trio suivit le Samu, ça allait vite
en éclairant bien la route, et ils retrouvèrent
la Nationale. Lestrade et Simoni allèrent se coucher en
déclarant qu'ils étaient repus de luxe pour l'année,
déclinant toute idée de tenter d'y retourner une
fois prochaine.
Le lendemain, vers dix heures, Le Hortec de mauvaise humeur
sortit, en pantoufles, pyjama et imperméable, pour faire
quelques courses et aller à la Papeterie-Presse chercher
un "Midi-Libre" supposé contenir une scandaleuse
histoire d'inceste entre une Tante et deux jeunes filles, ses
pupilles sorties d'une maison de correction.
Il traversa la Grande Rue de Vignoles vers le parking des Caves
Verruchet et piqua directement sur le Bâtiment au détail,
vers le vin au pistolet et les stands coffrets primeur (touristique
gouleyant), mais pas si droit cependant qu'il n'accroche un pan
de son imper à une tête de gondole. Dans son élan,
il tira, déchira, fallait bien que ça pète
ou que ça craque, dans l'état second de la torpeur
de la grasse matinée.
Le Hortec était armé d'un cubitainer vide, pour
emporter sa consommation de la semaine. Il affectionne particulièrement
le Vacqueyras, mais supporte aussi le Gigondas, dont les vignobles
sont tout également proches de la ville d'Avignon. Le Hortec
déteste le rosé, qu'il taxe de "Gazoil"
et ne prise que le rouge, "le soviétique", ou
"le Brejnev" comme il disait parfois du temps de sa
prime jeunesse lorsque cette blague pouvait encore contenir un
sens...
L'hôtesse caissière de chez Verruchet remarqua
l'imper déchiré, mais elle ne dit rien. Ce n'était
pas dans son contrat de travail de se farcir un dialogue avec
un énergumène entre deux eaux, mal boutonné
sur sa nudité et connu à Vignoles pour être
habituellement tonitruant, non merci.
Le Hortec voulut remettre son porte monnaie dans sa poche
d'imper et il s'aperçut que quelque chose clochait en ne
trouvant pas le fond de sa poche. Toujours muet et agitant les
sourcils dans un tic de perplexité, il s'en alla vers la
sortie.
Ce n'est qu'au milieu de la Grande Rue qu'il décida
de se livrer à une inspection générale de
sa vêture extérieure. Comme il était en pyjama
à boutons manquants, il n'ouvrit pas son imper, mais il
décida de déposer son cubi pour pouvoir mieux se
contorsionner en contemplation. C'est à ce moment que le
bus de la compagnie "Ventoux" arriva.
Le bus poussa un grand coup de trompe -chacun son tour, question
tonitruance- et Le Hortec sauta en l'air en donnant un coup de
pied dans son cubi. Il voulut le remettre d'aplomb, la provende
avant tout, le pinard est sacré, parole de poilu, des fois
le bouchon est mal refermé, et il se cassa complètement
la figure sur la chaussée.
Le bus allait mollement depuis le feu rouge, ayant repéré
la masse du piéton, et il freina encore plus mollement.
Ce qui fait que ce qui n'aurait pas dû arriver se produisit
: Le Hortec, qui venait à peine de se redresser, se re-cassa
derechef la figure dans la calandre du bus et se fit une petite
bosse en s'abrasant l'épiderme contre la grille de protection
du radiateur.
Il était par conséquent un peu hémonolent
au front.
Personne n'avait bien vu ce détail, et tout le monde
crut que le bus s'était tamponné le Le Hortec pour
de bon. Il y avait sang. Alertée par le coup de trompe,
la patronne de la papeterie pointa le bout du nez et modula un
véritable cri à faire cailler les yaourts, version
Hitchcock, les mouettes dans les oiseaux, mais avec amplis comme
à Woodstock.
Cela suffisait pour nouer le drame. Le chauffeur ne descendit
pas et il bloqua les portes, tout effaré dans son bus bientôt
assiégé par quelques poivrots surgis du Décrelles
Bar, la brasserie à l'ombre des Platanes centenaires de
la Place Décrelles à Vignolles.
L'affaire semblait jugée d'avance. Donc le conducteur
trouillait et le public se disait qu'on allait lui rentrer tout
son sadisme dans gorge à coup de talons de chaussure derrière
la luette, mais on ne fit d'abord que s'occuper du Hortec. La
Pharmacienne arriva avec un flacon d'alcool à 60° pour
tamponner l'horrible blessure, deux centimètres carrés
un peu roses, et Le Hortec annonça qu'il allait tenir le
flacon. Il fit d'ailleurs mieux que le tenir, et le niveau en
baissa sérieusement. Probable que si ça avait été
de l'éther, c'était le même scénario
: les émotions et l'eau de Cologne, ce n'est pas compatible,
et leur confrontation se traduit par un abaissement mutuel si
le courage s'y propose.
Ensuite, un aspirant terrassier au trou de la Sécu
proposa d'appeler le Samu, en disant qu'il y avait peut-être
des dégâts cachés, car il était secouriste
et il ne voulait même pas toucher Le Hortec. A cette proposition,
la victime, qui sentait venir balade, pieu, mangeaille, amusement
et infirmières, le tout gratuitement aux frais de Ventoux,
se plaignit soudain de violentes douleurs dans le cou, douleurs
à jamais invérifiables mais qui font toujours très
peur à l'assistance.
Plus tard, ces douleurs imaginaires faillirent coûter
cher dans leur carrière à deux personnes ; Hector
(le conducteur de bus), et au Docteur Emile Rentrant, mais n'anticipons
pas.
Le Hortec vit en un clin d'oeil qu'il fallait relancer une
saine indignation sous peine de voir le désintérêt
débaucher les rangs de ses supporters. Aussi se mit-il
à clamer :
- Regardez-le, ce chauffard assassin, persuadé de ne rien
avoir touché du tout ! Ne savez-vous pas qu'en plus les
chauffeurs se font subir un entraînement spécial
de faux-jeton qui ne reconnaît jamais être en tort.
Là, vous le savez pas, mais il faut savoir qu'un chauffeur
de bus n'a pas le droit d'avoir d'accident, vous voilà
prévenu. Vous aurez affaire à un dur de dur s'il
vous écorche votre chignole : Lui aura été
à l'arrêt, vous serez venu l'emboutir, version mordicus.
En imaginant qu'il beugne à droite son carrosse sur une
voiture en stationnement et qu'il doive fournir une explication
à son Patron du dépôt en rentrant, attention
au danger public ; Il va guetter toutes les victimes potentielles
qui sortent de stationnement ou ceux qui débouchent de
bateaux et essayer de se les bigorner afin de dégager sa
responsabilité par un chouette constat.
La bande d'ivrognes du Décrelles Bar goba tout ça
comme un seul homme, sans y opposer aucun commentaire.
- Au besoin, reprit Le Hortec, il y aura toujours un tordu dans
le bus pour prétendre que le chauffeur a raison. C'est
le syndrome des otages de Stockholm. Le bus, cet univers carcéral.
Ne rigolez pas, en plus c'est exact. Et puis c'est une question
de statistiques, vous le savez bien : Sur deux types, il y a toujours
un borné ET un méchant, mais parfois le même
type d'ailleurs, qui cumule toutes ces qualités qui différencient
l'homme de la vache, qui en plus est lourde systématiquement
; l'homme est plus raffiné, et de surcroît il le
sait.
Le public put rugir son assentiment à ces arguments scientifiques
dans le court espace de temps qui servit à Le Hortec pour
reprendre son souffle avant de continuer :
- A quoi reconnaît-on un univers carcéral ? C'est
un endroit d'enfermement ou le manque à la règle
se traduit par un enfermement encore plus grand. Vous avez déjà
lu le Règlement de la Compagnie Ventoux, auquel vous vous
soumettez, sans vraiment le savoir, représentatif dès
que vous prenez un transport en commun ? C'est cocasse, anguleux,
gonadesque, menaçant, hargneux, méprisant, obtus
et stupide. Pour le prix de la location de votre place, soit d'être
propriétaire de libertés pleines, civiques et entières,
eh bien tintin, le droit de se tenir droit, propre, et de fermer
sa bouche. Et si vous dérapez, amende, dite aussi enfermement
plus grand.
Ca devenait un peu trop sophistiqué. Le Hortec constata
qu'il n'obtenait plus que des sourires, et il corrigea le tir
en poursuivant :
- De toutes façons, il faut détester les transports
en commun. Promiscuité, microbes des autres, puanteur des
autres, bruits insupportable des autres, vue offensante des autres.
Avez-vous déjà voyagé à côté
d'un bébé, cette épreuve insoutenable ? C'est
encore rien, essayez un gars qui a les pieds ou le gousset fin
ce qui est une expression ancienne, toujours curieuse et amusante
pour décrire le fond de l'horreur...
Les expressions anciennes n'eurent aucun succès ; la moitié
des poivrots battit en retraite vers le Décrelles Bar.
Mais le Samu arriva, et Le Hortec s'en alla en ambulance,
gémissant pour la galerie, sans son cubi. Comme promis,
on le lui transporta devant sa porte, pour attendre son retour.
Quant au chauffeur du bus, il ne bougea pas, ne frémit
pas, ne gémit pas, on nota le numéro de sa charrette,
le sien, l'heure, l'endroit, et roule, condamné, roule
vers le couperet des six heures du soir au dépôt...
Lorsqu'il arriva à l'hôpital, on confia à
Le Hortec qu'il serait examiné par le Docteur Rentrant.
- Il rentre quoi ?
- Ce n'est pas une marque de lacrymogène, monsieur, l'avertit
une petite infirmière au sourire caustique ; c'est l'interne
de service aux urgences.
Le Docteur Rentrant arriva. Il paraît qu'il ressemblait
à un martien, d'un aspect tout vert sans que son patient
puisse expliquer cette carnation, mais Le Hortec s'y connaît
en vert, "depuis que le fois de mon père est devenu
unijambiste à la suite d'une hépatite C récoltée
dans l'Etang de Berre, où les poissons sont si mazoutés
qu'il y a même plus besoin de charbon dans le barbecue,
comme dit Daniel Lemasson". Selon ses assertions, pour faire
plus vert que le Docteur Rentrant, il aurait fallu ouvrir une
mine de pigment à la chlorophylle.
- Heinvouzavémalouheinditesmoiçaheinilsaitparleraumoinsheinsuilà
? prononça l'extra-terrestre.
- Ah, non ! Pas ça ! Moi je veux être soigné
par un docteur qui parle le Français, ou alors on va pas
se comprendre, et je veux pas être une victime, répondit
Le Hortec.
Son humour de blessé ne fut certes pas apprécié
à la juste hauteur de son intention divertissante, et il
fut aussitôt considéré d'un sale oeil avant
de partir subir une radio.
Le lendemain, à Vignolles, Le Hortec mimait la rencontre
avec le Docteur Rentrant en faisant des moulinets avec les mains.
Le Patron lui avait passé la laisse de Brouckham, le chien
du café, et Le Hortec faisait le stéthoscope avec.
- C'est comme Jean-jean, assura un spectateur. Il l'ont fait entrer,
il pesait quarante-deux kilos et lui ont trouvé des tas
de polypes. Ils l'ont tellement affaibli en lui retirant des masses
de polypes qu'ils l'ont descendu à dix-huit kilos, autrement
dit ils l'ont tué. Vaut mieux vivre tranquille avec sa
basse-cour sans aller les voir, je te le dis...
- La bande de sales cornards vicieux, eux et leurs p... en bouses.
(Le Hortec oubliait de prononcer le L de blouses).
- De qui tu parles, là ? Des toubibs et des infirmières,
ou des bus ?
- C'est tout du pareil ! protesta Le Hortec. Et tu sais pas comment
ça s'est terminé, l'examen avec le vénusien
vert au stéthoscrote ?
- Ils t'ont fichu dehors, mais le lendemain, parce qu'ils comprennent
très-très lentement. Ils appellent ça un
diagnostic : Le temps que tu mets pour calancher.
- Ils m'ont dit que je n'avais pas mal et que n'étais qu'un
simuleur.
- On ne dit pas simuleur, Le Hortec, on dit simuletier.
- Ah ! Ne te fiche pas de moi, toi, ou je te démontre comment
je vais faire avec ce conducteur de bus ! Il va se faire enfler,
l'enflure ! C'est plus un colon, qu'il aura, c'est une montgolfière
!
Etc.
Si les Hostos les font souffrir, pourquoi effectivement s'étonner
de voir les alcolos claquer dans la rue ?